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Texte 1

Élaboration après nos séances de travail sur certains textes choisis.

 

Le virtuel, pourquoi ça marche ? Hypothèses psychanalytiques

S. Faure-Pragier (psychanalyste SPP) dans Le Virtuel : la présence de l'absent - sous la direction de Sylvain Missonnier et Hubert Lisandre - éditions EDK - Paris 2003.

Notes de lecture du texte de S.Faure-Pragier (échanges octobre 2004)
Le virtuel, pourquoi ça marche ? Hypothèses psychanalytiques.
Ce texte situe la place de certains concepts liés à l’univers du virtuel (réalité, image, illusion, modèles, représentation) et développe leur articulation avec des concepts psychanalytiques ou y renvoyant (réalité psychique, symbolique, hallucination, perception, satisfaction pulsionnelle).
Si le virtuel est capable de reproduire d’une certaine manière la réalité, cela pose la question des perceptions et de l’illusion ainsi que leur rapport à la réalité.
Sur cette frontière entre réalité et univers symbolique, de nouveaux modes de figuration ont apparu, pouvant constituer un progrès notamment dans la compréhension de notre appareil psychique.
L’image de synthèse numérique ne constitue pas une représentation analogique de la réalité, mais plutôt des modèles ouvrant sur un espace intermédiaire. Cet espace est formé par un ensemble de simulacres ayant pour cibles notre appareil perceptif.
Mais nous ne sommes pas neutres vis-à-vis de nos perceptions qui sont marquées d’investissements liés au désir.
Ainsi l’objet est investi avant d’être perçu, c’est-à-dire que la pulsion cherche à se satisfaire avant que l’objet soit trouvé. L’objet est contingent et c’est cette primauté de l’hallucinatoire sur le perceptif qui nous rend capable de jouer. Du reste le passage par la réalité n’enlève rien à la qualité hallucinatoire de l’expérience de la satisfaction.
Le principe de réalité n’est qu’un prolongement du principe de plaisir et ne se substitue pas à lui puisque la perception est secondaire à l’hallucination.
L’absence de réalité ne gêne pas la façon dont l’image virtuelle s’intègre comme nouvel objet.
Comme le jeu, pour l’enfant, le virtuel prend la voie régrédiente à la manière du rêve.
Freud a défini l’existence d’une réalité psychique, constituée par le système pulsionnel et les fantasmes originaires en opposition au concept de réalité désignant le monde extérieur.
La commune inadéquation au concept de réalité peut-elle rapprocher virtuel et réalité psychique ?
Du point de vue du symbolique lacanien, inconscient et virtuel sont structurés comme un langage relevant d’un système de signes limités et de codes (à la manière de panneaux de signalisation). Ce qui le différencie du symbole freudien (métaphore et condensation) qui est riche d’associations polysémiques.
L’image virtuelle d’une écriture symbolique mathématique n’admet qu’une traduction univoque à la différence d’un tableau ouvrant sur des interprétations variées. En cela l’image virtuelle n’est pas une représentation.
S’il existe des similitudes entre virtuel et processus inconscients et même pensée qui agit également par modélisations et simplifications, le virtuel n’est qu’un instrument, plutôt effet que modèle de l’inconscient.
Dès l’origine, l’homme a tenté de repousser les obstacles que représentent temps et espace par l’écriture ou la simulation de la réalité par l’image. La question du statut de l’image, posée par les iconoclastes se renouvelle aujourd’hui autour du virtuel : l’image, tantôt mimesis capable d'effacer Dieu, tantôt médiation, symbole et métaphore de l’incarnation.
Le virtuel peut être source d’inquiétude quand il apporte une satisfaction pulsionnelle excessive. La dépendance et le fonctionnement auto-érotique en circuit fermé peuvent être source d’isolement. Si l’obstacle de la réalité disparaît, n’y aurait-il pas trop de jouissance ?
Pour J. Baudrillard, l’image imposée possède un caractère appauvrissant anti- imaginaire. La simulation enroulée sur elle-même s’oppose à la représentation
Le monde virtuel peut-il devenir préférable au monde réel semé d’obstacles et d’embûches et l’absence même du manque ne pourrait-il pas tuer le désir ? Un rapprochement avec les artifices induits par l’utilisation des drogues mérite d’être fait.
Mais il existe un bon usage du virtuel, outil de communication et de rencontre, de connaissance.
Le virtuel n’est qu’un outil qui en lui-même n’a pas de sens. Il peut aider à mieux comprendre le monde réel
Dans Malaise dans la civilisation, Freud évoque l’apaisement narcissique crée par des satisfactions non liées à l’altérité. F. Pasche a montré l’importance pour l’enfant et l’adolescent de zones de neutralité éloignées des zones de conflit.
Le virtuel propose ces espaces de transition, entre réalité et artifice, zones intermédiaires où peuvent s’exprimer une indépendance vis-à-vis de l’objet.
Le virtuel opère, par le jeu qu’il propose, des pauses de régression offrant ainsi un champ neutre.
Le virtuel est un simple instrument, ni bon, ni mauvais ; il vaut ce que valent ses utilisateurs.

Jean-Baptiste Roux - avril 2004.
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La discussion que nous avons eue à propos du texte de S. Faure-Pragier laisse apparaître les points suivants.
 
Le concept de « virtuel » utilisé sous sa forme substantive ne paraît guère opérant. On voit mal comment le définir et le différencier de ce qui constitue l’image.
La valeur d’une image dépend-elle de sa source (virtuelle ou réelle) ?
Il semble en tous cas que son origine, qu’elle soit virtuelle ou non ne change rien au ressenti perceptif que nous éprouvons.
La différence entre d’un coté ce qui appartiendrait au monde réel et de l’autre ce qui résulterait d’une création artificielle grâce aux techniques informatiques,  ne nous semble pas être une différence fondamentalement qualitative.
Il conviendrait plutôt d’utiliser le « virtuel » sous la forme de l’adjectif. On peut ainsi, parler de réalité virtuelle (qui serait un équivalent de la réalité perceptive).
 
À propos du rapprochement virtuel et Inconscient fait par S.F-P et du parallèle avec le symbolisme lacanien, il semble difficile de ne voir dans le monde virtuel qu’une symbolique de signes limités et de codes.
Les créations d’artistes utilisant les outils informatiques ne se réduisent pas à un jeu de symboles mathématiques.
L’image virtuelle serait du coté de la représentation et non à son opposé, comme le dit S.F-P. (mais  comme l’icône, elle n’est pas que représentation).

Jean-Baptiste Roux - 02/06/2004.