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Élaborations à partir de nos échanges ou de nos séances de travail sur certains thèmes ou articles.

Note 1

 

cf.André Green (retour aux échanges:1 - 2 - 3 )

Dans son livre sur la déliaison, édition hachette 1992, André Green approfondit les rapports entre la littérature et la psychanalyse, thèmes plusieurs fois abordés dans l’analyse de textes de théâtre, de littérature, de poésie ou autres.
"L’analyste devient l’analysé du texte"
Un chapitre est consacré au double et à l’absent. André Green s’interroge sur le plaisir de l’écriture et celui de la lecture.
Je cite : "L’écriture (Derrida, à sa manière, l’a éloquemment développé) est, selon une expression de Freud, communication avec l’absent, contrairement à la parole qui est prise dans la présence. Dans la cure analytique, l’artifice des conditions de la situation analytique vise à créer une sorte d’absence présente ou de présence absente…
Dans l’écriture, personne n’est là. Plus exactement le lecteur potentiel et anonyme est par définition absent. Peut-être est-il même mort. C’est de cette situation d’absence qu’il faut partir pour établir la communication par l’écrit. Mais cette absence est redoublée par le fait que l’écriture n’est pas une parole transcrite, elle est autre par rapport à celle-ci…
Lire et écrire est toujours un travail de deuil…
L’œuvre est dans ce no man’s land, cet espace potentiel, transitionnel (Winnicott), lieu d’une double communication trans-narcissique -le double de l’auteur et le double du lecteur. Ces fantômes qui ne se montrent jamais communiquent par l’écriture….
La communication trans-narcissique fait appel à la capacité de faire représenter chez l’autre du non représentable en soi. Ç’est dans la communication des fantasmes inconscients que la complicité écrivain lecteur s’établit.
L’écrit devient objet transitionnel espace de jeu et d’illusion entre le moi et l’objet.
C’est à partir de l’absence sur fond de présence que l’enveloppe vidée empruntée à l’objet constitue pour le sujet la structure encadrante de sa psyché.
La lecture écriture sous-tend la capacité d’être seul en présence de quelqu’un.
Tout écrivain est pris entre le double et l’absent, double dans l’image qu’il donne de lui, absent dans le silence d’où il vient et où il retourne C’est dans cette toile de fond vide, expression d’hallucination négative, que le travail d’écriture peut se faire...
La toile pourrait représenter cet appareil vide, où le double s’efface devant l’absent.
Comme dans la littérature, la communication par le net peut être cet espace solitaire et pourtant habité par l’objet, pouvant créer fascination ou répulsion, persécution ou enthousiasme.

Geneviève Allard - avril 2004.

°

SQUIGGLE POUR « TRANSNARCISSIQUE » DANS LES TEXTES DE A.GREEN.


Merci Geneviève, pour vos réflexions sur ces passages de La Déliaison, qui montrent certaines configurations du double et de l'absent, à propos de l’œuvre et de sa lecture. Vous dîtes que selon Green, la communication trans-narcissique fait appel à la capacité de faire représenter chez l’autre du non-représentable en soi et que c’est dans la communication des fantasmes inconscients que la complicité écrivain lecteur s’établit.
D’où votre hypothèse :
La toile pourrait représenter cet appareil vide, où le double s’efface devant l’absent.
Comme dans la littérature, la communication par le net peut être cet espace solitaire et pourtant habité par l’objet, pouvant créer fascination ou répulsion, persécution ou enthousiasme.
La situation sur laquelle travaille A.Green dans ces passages de La Déliaison est une situation écrivain-lecteur. La « situation » sur laquelle j’ai pris appui quand j’ai eu recours à « trans-narcissique » est aussi une situation écriture-lecture, mais redoublée : dans une vraie correspondance écrite, les rôles d’écrivain et de lecteur s’échangent aux deux pôles, quant aux lettres qui circulent.
« Vraie », quand chacun écrit vraiment « sa » lettre et quand chacun lit vraiment « la lettre » qu’il reçoit, comme entre Descartes et la Princesse Elisabeth ( mais probablement pas entre Madame de Sévigné et sa fille) si je comprends bien les propos que Marie-Françoise Guittard-Maury développe dans La Revue Française de Psychanalyse, La séparation, 2001 à propos des correspondances par lettres. Etudiant les modalités de cette correspondance Descartes-Elisabeth, MFGM écrit: "leur correspondance constitue un véritable ensemble à deux voix" et note qu'elle ne se fera pas pharmakon mais jouera le rôle d'un « objet trans-narcissique », qui, selon A.Green "permet de créer l'affect d'existence".
C'est dans le chapitre « Un, Autre, Neutre :valeurs narcissiques du Même » in Narcissisme de Vie, Narcissisme de Mort (Editions de Minuit 1983) que Green lie « les objets transnarcissiques » à « l’affect d’existence ».
Je cite in extenso cet important passage (P.58) :
… « Winnicott, nous fournissant le concept de l’aire intermédiaire, nous fait comprendre le rôle de l’intersection dans le champ de partage des relations mère-enfant.La séparation des sphères en état de réunion donne naissance à l’espace potentiel où a lieu l’expérience culturelle.Forme primaire de la créativité sublimatoire, la sublimation et la création constituant les objets trans-narcissiques.
L’intersection optimale a pour but de créer l’affect d’existence. Sentiment de cohérence et de consistance, support du plaisir d’exister, qui ne va pas de soi, doit être infusé par l’objet (l’élément féminin pur de Winnicott) et qui se montre capable de tolérer l’admission de l’Autre et la séparation d’avec lui. Le destin de l’Un étant de vivre en conjonction et/ou séparation (d’) avec l’Autre : la capacité à être seul en présence de quelqu’un signe cette évolution favorable. Le Je se perd et se retrouve dans le Jeu. » (les italiques sont de Green)
[Après avoir décrit ce qui se passe quand il n’y a pas « cette intersection optimale », Green termine cette partie de ce Chapitre par une bien curieuse formule :
« Les nombres renvoient aux figures, et les figures aux nombres, tous narcissiques.Qu’est-ce qui se lie ? Un corps (volume), une image (surface), un point (limite minimale) ? Peut-être un langage ».
Maintenant que je me mets à réfléchir sur cette formule, je suis de plus en plus perplexe, sur le sens de : intersection optimale...]
………………………………….
La définition que Green donne des « objets trans-narcissiques » peut éclairer la correspondance-cyber et les choses de l’ Internet : il faut disposer soi-même d’objets trans-narcissiques actifs (ne pas avoir complètement raté le destin de pulsion qu’on appelle « sublimation ») pour que le plaisir de jouer avec ( de les retrouver peut-être.. ?) et d’en inventer d’autres soit toujours vivant, et il faut avoir la chance de rencontrer des internautes qui ont eux aussi envie de jouer. Après avoir échangé scripts, musique, images, manières de faire, dépannages, signes, petits « cours » etc, nous étions plusieurs de par le monde à avoir le sentiment d’avoir constitué un « coffre à jouets » très bien rempli, très précieux et toujours disponible..On y trouve des choses de simple plaisir et d’autres qui supposent une plus grande culture (informatique, musicale etc). C’est comme si la « nouveauté du web » donnait une chance à chacun de nous de relier autrement l’expérience culturelle qui se développe à ce qui reste de nos espaces potentiels..
Mais pour que l’affect d’existence et le sentiment de présence puissent durer, il faut que le Jeu dure aussi, c’est-à-dire que les espaces-temps ainsi créés soient suffisamment riches, contiennent assez d'objets et de processus sublimés pour relancer et l’intérêt de s’en servir, et les avancées vers d'autres jeux sublimés. Si la correspondance Descartes-Elisabeth est un réel échange à deux voix, il y a bien sûr la qualité des personnes; mais il faut remarquer aussi que cet échange se fait grâce à un objet d’échange, qui est ici la pensée en acte, qu’ils sont capables de se communiquer l’un à l’autre : on pourrait peut-être dire que c’est l’objet trans-narcissique qui permet la communication trans-narcissique.(.. ?)

Geneviève Lombard - juin 2004.

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