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	<title>Web Perlaboration &#187; aire transitionnelle</title>
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	<description>Internet, culture et psychanalyse</description>
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		<title>L&#8217;homme-machine</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jun 2008 06:11:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann.leroux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Groupe - Absence et présence - Je Moi Self]]></category>
		<category><![CDATA[Objets et espaces transitionnels]]></category>
		<category><![CDATA[aire transitionnelle]]></category>
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La technologie est de plus en plus pr&#233;sente dans nos vies, et il est important de comprendre comment elle fa&#231;onne le sentiment d&#8217;&#234;tre un &#234;tre humain. Les rapprochements se sont faits dans les deux sens. D&#8217;un cot&#233;, les machines deviennent de plus en plus capables de faire des choses qui seraient consid&#233;r&#233;es comme intelligentes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#160;<img src="http://www.vivantinfo.com/typo3temp/pics/9e591c3a35.jpg" align="left" /> </p>
<p>La technologie est de plus en plus pr&#233;sente dans nos vies, et il est important de comprendre comment elle fa&#231;onne le sentiment d&#8217;&#234;tre un &#234;tre humain. Les rapprochements se sont faits dans les deux sens. D&#8217;un cot&#233;, les machines deviennent de plus en plus capables de faire des choses qui seraient consid&#233;r&#233;es comme intelligentes si elle &#233;tait faites par un &#234;tre humain; de l&#8217;autre, les &#234;tre humains se rapprochent de plus en plus de leurs machines, les consid&#233;rant comme une extension de leur self.</p>
<p>L&#8217;internet est un espace dans lequel de nouvelles formes d&#8217;exploration de soi et des autres est possible. La psychopharmacologie, la g&#233;n&#233;tique, l&#8217;intelligence artificielle et la robotique font partie des technologiques reconfigurent les fronti&#232;res classiques du vivant et nous poussent &#224; repenser des notions fondamentales : qu&#8217;est ce qu&#8217;&#234;tre humain ? qu&#8217;est ce que penser ? Au MIT, <a href="http://web.mit.edu/sturkle/www/techself/" target="_blank">Sherry Turkle</a> et Abby Rockfeller Mauz&#233; ont cr&#233;&#233; le groupe <a href="web.mit.edu/sturkle/www/techself/" target="_blank">Initiative on technology</a> en 2001. Le groupe a pour but d&#8217;&#234;tre un centre de reflexion et de recherche sur les effets de la techologie et d&#8217;attirer l&#8217;attention sur les dimensions sociales et psychologiques qu&#8217;ils impliquent</p>
<p>Au sein de ce groupe, Sherry Turkle a men&#233; une r&#233;flexion sur ce qu&#8217;elle a appel&#233; les &quot;evocative objets&quot;, c&#8217;est &#224; dire des objets qui nous am&#232;ne &#224; nous penser diff&#233;rement ou &#224; penser diff&#233;rement des cat&#233;gories telles que le corps, le d&#233;sir, l&#8217;autre. Pour le dire autrement, les &quot;evocative objects&quot; sont des objets au contact duquel nous nous pensons diff&#233;rement.</p>
<p>Psychanalyste, Sherry Turkle en appelle &#224; de nouvelles th&#233;orisations de la psychanalyse sur ces questions. Elle fait remarquer que pour l&#8217;instant, la psychanalyse est &#233;trangement silencieuses sur des questions qui sont pourtant centrales pour elle : l&#8217;identit&#233; et la relation d&#8217;objet. Les questions apport&#233;s par l&#8217;intelligence artificielle : comment l&#8217;esprit &#233;merge d&#8217;interactions, par exemple lui semblent porteuse de d&#233;bats riches et n&#233;cessaires entre la psychanalyse et les neurosciences. Chaque disciple se trouverait enrichie par ces &#233;changes, et la culture elle m&#234;me y gagnerait une voix suppl&#233;mentaire car pour l&#8217;instant, pour ce qui est de tous ces objets qui accompagnent notre quotidient, c&#8217;est surtout les publicitaires qui se font entendre.</p>
<p>Dans les ann&#233;es 1980, Sherry Turkle consid&#233;rait que l&#8217;ordinateur &#233;tait comme un second self au sens d&#8217;un objet de projection. Chacun avait alors une relation priv&#233;e avec son ordinateur. La machine offirait l&#8217;extraordinaire possibilit&#233; de chosir d&#8217;&#234;tre seul sans &#233;prouver de la solitude. Il est possible de lui confier ses objets, sa vie, soi-m&#234;me. Connect&#233; sur le r&#233;seau, l&#8217;ordinateur devient une porte ouverte &#224; de nombreuses relations. Dans cette nouvelle <em>comedia del arte</em>, chacun peut jouer son jeu puisque chacun peut avancer masqu&#233; : sur le r&#233;seau, personne ne sait que tu es un chien. Chacun pourrait ainsi explorer diff&#233;rents aspects de son self en jouant avec ses identit&#233;s en ligne. Il ne s&#8217;agit pas simplement pour Sherry Turkle de jeux de r&#244;le, mais de la pr&#233;sence au sein de self de diff&#233;rents mondes et jouant diff&#233;rents r&#244;les en m&#234;me temps.</p>
<p>Les r&#233;f&#233;rences qu&#8217;elle utilise viennent principalement de Kohut et d&#8217;Erickson. A Kohut, elle emprunte la notion de d&#8217;objet-soi (&quot;self-object) c&#8217;est &#224; dire des objets pris dans le monde ext&#233;rieur pour &#233;tayer un narcissisme fragile. Les objets relationnels lui semblent &#234;tre de bons candidats pour &#234;tre utilis&#233;s comme des objets-soi. La seconde r&#233;f&#233;rence est celle du moratoire d&#8217;Erickson. On se souvient que Milton Erickson avait d&#233;crit l&#8217;adolescence comme un moratoire, c&#8217;est &#224; dire un temps ou des exp&#233;riences peuvent &#234;tre faites sans qu&#8217;elles pr&#234;tent &#224; consc&#233;quence. Sherry Turkle pose l&#224; une hypoth&#232;se qui me parait tout &#224; fait int&#233;ressante : puisque notre culture n&#8217;offre plus a ses adolescents de moratoire, les groupes en ligne jouent ce r&#244;le. Pour certain, c&#8217;est l&#8217;occasion d&#8217;agir des pulsions d&#8217;une mani&#232;re qui serait s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;e dans le monde hors ligne, pour d&#8217;autres la possibiblit&#233; de rejouer des difficult&#233;s personnelles, pour d&#8217;autres enfin la possibilit&#233; de les &#233;laborer. [Cf. Travail du virtuel, Tisseron.,]. Enfin, bien &#233;videment, on retrouve D. W. Winnicott et son objet transitionnel avec une annotation importante : c&#8217;est parce qu&#8217;il &#233;tait, tout comme Erickson, psychanalyste d&#8217;enfant, qu&#8217;il a pr&#233;t&#233; aux objets l&#8217;attention qui leur est d&#251;e.</p>
<p>Il est surprenant de ne pas trouver dans les r&#233;f&#233;rences de Sherry Turkle Harold Searles qui a produit un travail important sur l&#8217;environnement non humain. Sa th&#232;se principale &#233;tait que cet environnement joue un r&#244;le crucial dans le d&#233;veloppement humain. Le peu d&#8217;attention qui lui est port&#233; est une mesure de l&#8217;exigence de travail par lequel nous nous pensons et vivons diff&#233;rent de l&#8217;inanim&#233;. Winnicott reprendra une th&#232;se similaire en supposant que l&#8217;acceptation de la r&#233;alit&#233; est &quot;une t&#226;che sans fin et que nul &#234;tre humain ne parvient &#224; se lib&#233;rer de la tension suscit&#233;e par la mise en relation de la r&#233;alit&#233; du dedans et de la r&#233;alit&#233; du dehors&quot; et que c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment pour se soulager de cette tension qu&#8217;est cr&#233;e une aire transitionnelle (D.W. Winnicott, Jeu et r&#233;alit&#233; p. 24)</p>
<p>Si les objets portables nous sont devenus de &quot;objets relationnels&quot;, c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment nous pouvons les porter comme des v&#234;tements. Cela est d&#8217;ailleurs vrai pour tous les objets, auxquels nous pouvons d&#233;l&#233;guer une partie de notre fonctionnement psychique dans des buts de sauvegarde. Cela est parfaitement illustr&#233; par le conte conte de Jean de Lafontaine, &quot;<a href="http://www.anthologie.free.fr/anthologie/fontaine/nouveau01.htm" target="_blank">Comment l&#8217;esprit vient aux filles</a>&quot; par lequel il d&#233;crit les aventures de Lise, 13 ans :</p>
<blockquote><p>Lise n&#8217;&#233;tait qu&#8217;un mis&#233;rable oison.</p>
<p>Coudre &amp; filer &#233;tait son exercice;</p>
<p>Non pas le sien, mais celui de ses doigts;</p>
<p>Car que l&#8217;esprit e&#251;t part &#224; cet office,</p>
<p>Ne le croyez pas; il n&#8217;&#233;tait nul emplois</p>
<p>O&#249; Lise p&#251;t avoir l&#8217;&#226;me occup&#233;e</p>
</blockquote>
<p>D&#8217;ailleurs, Jean de La Fontaine le dit brutalement : &#171; Lise songeait autant que sa poup&#233;e &#187;. Il y aurait beaucoup &#224; dire sur ce conte grivois &#8211; car bien entendu, il se trouvera un p&#232;re Bonaventure pour traiter Lise comme une poup&#233;e &#8211; mais un des angles de compr&#233;hension est rendu possible par les r&#233;flexions de S. Tisseron sur les objets [Tisseron. 1999] . Les objets, c&#8217;est la th&#232;se qu&#8217;il d&#233;fend, donnent &#224; penser, c&#8217;est-&#224;-dire qu&#8217;ils sont une aide &#224; la symbolisation. </p>
<p>Cette symbolisation est une symbolisation &#171; en corps &#187;, en ce sens qu&#8217;elle fait participer l&#8217;exp&#233;rience que nous avons du monde, et ce jusque dans ses recoins sensuels ou douloureux, pour les traduire en repr&#233;sentations qui vont &#224; la fois rappeler et t&#233;moigner de cette exp&#233;rience aupr&#232;s d&#8217;un autre. La manipulation obsessionnelle d&#8217;un objet, l&#8217;&#233;lection d&#8217;un v&#234;tement pr&#233;f&#233;r&#233;, la mise en valeur d&#8217;un bibelot, la r&#233;novation de meubles anciens peuvent t&#233;moigner aussi bien d&#8217;un mouvement d&#8217;introjection, de la r&#233;activation de sensations, d&#8217;&#233;motions, de fantasmes narcissiques et sexuels ou encore de la mise en d&#233;p&#244;t de fragments d&#8217;exp&#233;rience douloureux. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il faut sans doute redresser l&#8217;histoire de Jean de Lafontaine : c&#8217;est apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#171; piqu&#233;e &#187; par le p&#232;re Bonaventure, trait&#233;e comme une poup&#233;e, que Lise en est r&#233;duite &#224; ne plus pouvoir penser &#224; quoi que ce soit. Et ce n&#8217;est plus que du bout des doigts qu&#8217;elle se permet d&#8217;&#234;tre vivante, perdue dans une manipulation d&#8217;objets qui rappelle le traitement dont elle a &#233;t&#233; l&#8217;objet. A moins que la quenouille ne soit un de ces &#171; objets fatals &#187; que d&#233;crit S. Tisseron, c&#8217;est-&#224;-dire un objet ayant fait l&#8217;objet d&#8217;un encryptement qui fonctionnent comme des bombes &#224; retardement si les significations secr&#232;tes qui y sont attach&#233;es ne sont pas r&#233;v&#233;l&#233;es. Se serait alors inscrite quelque catastrophe v&#233;cue par la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente et que l&#8217;activit&#233; de couture aurait eu pour fonction &#224; la fois de symboliser, gr&#226;ce &#224; l&#8217;introjection lente et patiente des gestes de la couture, et de maintenir loin de la pens&#233;e dans un clivage actif : ce sont les doigts de Lise qui travaille, nous dit Lafontaine, son &#226;me, elle, est vide.</p>
<p>Les objets dont parle Sherry Turkle ne sont pas si diff&#233;rents de la quenouille de Lise. Ils ne pensent pas, mais des pens&#233;es leur sont pr&#234;t&#233;es. Ils peuvent assurer, comme tous les objets, des fonctions utilitaires, narcissiques ou sexuelles. Ils nous identifient, conservent nos souvenirs et participent &#224; un travail d&#8217;&#233;laboration de notre montre interne. Ces objets nous identifient au sens de &quot;donner une identit&#233;&quot; mais aussi, de plus en plus souvent, au sens de &quot;reconna&#238;tre&quot;; ils conservent nous souvenirs sous la forme des traces des messages que nous avons envoy&#233;s ou des l&#8217;historique de nos interactions avec l&#8217;objet; enfin, ils participent &#224; un travail d&#8217;&#233;laboration de notre monde interne en nous en fournissant une image. Cette &#233;laboration &#224; mon sens, n&#8217;est accessible, que si le rapport que nous avons avec l&#8217;objet nous est interpr&#233;t&#233; par quelqu&#8217;un d&#8217;autre.</p>
<p>Ces objets sont cependant diff&#233;rents : ils appartiennent &#224; des espaces cr&#233;&#233;s &#224; leur mesure. Les espaces num&#233;riques auxquel ils appartiennent nous sont &#233;trangers. Nous ne pouvons les parcourir qu&#8217;avec l&#8217;aide de ces d&#233;l&#233;gations diplomatiques que sont nos avatars et nos identit&#233;s num&#233;riques. Ces espaces num&#233;riques sont des &quot;contre-espace&quot; (Foucault, 1967) c&#8217;est-&#224;-dire des &quot;hors-l&#224;&quot; qui doublent l&#8217;espace en le r&#233;pr&#233;sentant et le contestant tout &#224; la fois. Ce sont des espaces sans lieu. L&#8217;enfance en est un bon exemple. Si nous pouvons revenir sur notre enfance en pens&#233;e, il arrive que nous ne puissions, par inhibition, par refus assum&#233;, ou par emp&#234;chement, revenir sur des lieux de cette enfance. Nous avons le souvenir d&#8217;une maison, d&#8217;une plage, d&#8217;un jardin public, mais le lieu nous est interdit. Mieux encore : l&#8217;espace et le lieu ne sont jamais totalement superposable, d&#8217;ou la d&#233;ception ou l&#8217;&#233;tranget&#233; que l&#8217;on &#233;prouve lorsque l&#8217;on se rend sur les lieux de son enfance et que l&#8217;on se trouve en fait dans l&#8217;espace de ses souvenirs. Les espaces num&#233;riques fonctionnent de la m&#234;me mani&#232;re. Ils n&#8217;ont pas de lieux, mais ils sont constitu&#233;s par une s&#233;rie d&#8217;espace dont nous gardons des souvenirs et les machines des traces.</p>
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