La course à l’infiniment petit : ce texte anonyme nous en dépeint les inquiétudes qui s’y rattachent, mais aussi les rivalités qui s’y développent. Nous est donc présenté le conflit entre l’ingénieur E. Dexler et le chimiste R Smalley (prix Nobel 1996). Le premier propose la méthode Bottom up (qui consiste à pratiquer toutes les combinaisons possibles au niveau atomique en vue de construire des nano robots programmables tels des « assembleurs moléculaires », et voir ce qu’il en ressort), tout en prenant en considérations les aspects éthiques de cette avancée. Le second minimise les risques d’autoréplication sauvage de ces assembleurs moléculaires, ironisant même sur la question, pour y voir une libération des maux la société.
Réunion du 16 octobre 2008 : Bottom up, ou les nanotechnologies existent-elles ?
oct 27th, 2008 by sandra
Il ne s’agit donc plus de remettre en question l’existence des nanotechnologies au regard de ce texte, ou encore au travers du projet Nanobio du CEA de Grenoble ; il ne s’agit pas non plus de fantasmer un état des lieux catastrophique où l’invention nous échapperait. Cependant, on peut soupçonner une avancée potentielle des connaissances si l’on considère l’investissement énorme (notamment aux USA) fait autour de ces nouvelles technologies, même si elles ne sont pas encore mises à disposition du grand public.
Puisque notre démarche est d’articuler ces aspects à la psychanalyse, ce texte nous amène à une première interrogation : « Comment psychiser les nano robots ? »
Dans une application médicale, le lien avec les patients porteurs de prothèses se fait spontanément. Dès lors, le travail psychique autour de la différenciation soi/ non soi se trame, le corps étranger étant alors porteur d’un imaginaire de l’androïde.
Le corps occupe une place tout à fait importante dans la construction identitaire, puisque se penser passe par la psychisation du corps (P. Aulagnier). Sachant qu’une représentation du corps est nécessairement contextualisée historiquement, on peut se faire la réflexion qu’une évolution de nos connaissances anatomiques (entre autres), aurait une influence sur nos projections. D’après les diverses expériences cliniques, il semble que cela affecte peu la structure des fantasmes (ou délires) en raison d’un investissement du corps érotique (relation au corps de l’autre et corps social), et non du corps anatomique.
Ceci nous amène à questionner la place de la psyché : « Qu’est-ce que l’identité d’un point de vue psychique ? Est-ce qu’avec les nanotechnologies la relation à l’autre et le narcissisme vont changer ? Cela va-t-il entrainer un repositionnement de la psychanalyse ? »
On constate que l’infiniment petit est porteur d’imaginaire et de peurs, incarnés par les nano robots en cela qu’ils ne sont pas vivants tout en mimant le vivant. Ces créations nous conduiront à de probables bouleversements dans la distinction du vivant/ non vivant, phénomène qu’on retrouve dans bien des domaines aujourd’hui. En biologie on observe des changements taxonomiques du règne végétal au minéral et du végétal à l’animal, en psychopathologie avec la catégorie d’ « état limite » ou borderline on fait aveu d’une insatisfaction des définitions passées pour rendre compte de la complexité des individus, enfin, en soin médico-légal la définition de mort clinique est progressivement remise en question par les cas de NDE (Near Death Experience) qui ont amené des chercheurs à enregistrée l’EEG pendant les opérations et après alors que la réanimation a échoué.
Cette réflexion épistémologique quant à le « légitimité » des catégories a déjà été menée par I. Hacking dans son ouvrage l’Ame pré-écrite, où il analyse et critique l’évolution des catégorisations des maladies mentales au cours de l’histoire.
En bref, les nanotechnologies tout comme les réflexions qu’on peut faire sur la construction de nos classifications nous poussent à accepter la redéfinition perpétuelle de nos concepts et de nos cadres théoriques.
Cette question des définitions conduit à la notion de construction du réel, mais penser le réel renvoie à un débat philosophique qu’il serait prétentieux de résumer en quelques lignes. Notons simplement l’affrontement entre le réalisme qui postule qu’on atteint la réalité par nos concepts (donc la réalité est préalable à la pensée), et le constructivisme social qui postule qu’on construit le réel par nos concepts (donc pas de réalité préalable à la pensée), en relation avec la fonction performative du langage développée par Austin.