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Comment se représenter Internet ? Notre objet d’étude s’il est clair lorsqu’on pose le problème de l’identité numérique ou des evocative object reste en arrière fond pour moi  un objet d’étude plus large, oscillant entre NTIC, objet technique informatique (double : un processus mathématique implémenté dans une machine, ordinateur ou n’importe quel autre support et un réseau),  objet non-humain,  culture, un mythe, espace de pouvoir,  et réalité économique.

Ces diverses représentations impliquent de multiples questions : l’objet technique et les  relations entre l’homme et le non-humain, continuum nature – artefact, téléologiques( ingénierie informatique,décision, sélection, je ne crois pas, comme Bruno Latour ,à la neutralité de l’objet technique), épistémologiques ( qu’est-ce que la pensée informatique ?), économiques (impensé), politiques( dispositif panopticum), sociologiques (entre autres éducation ), et bien entendu interrogations psychanalytiques( effets d’identité…et je cite aussi l’argument du groupe : «  Ces nouvelles variétés de liens qui n’ont jamais existé auparavant peuvent enrichir une clinique psychanalytique qu’il semble nécessaire d’élaborer » !)

D’abord c’est une technologie non pas nouvelle mais très ancienne ! pour moi parmi les nouvelles technologies en gestation, le NBIC, c’est plûtot le NBC qui va être déterminant …( mais ce présent/futur, je crois qu’il n’offre aucun intérêt direct pour le séminaire mis à part savoir qu’il existe potentiellement.) Je souscris pleinement aux propos de Yann Réponses aux questions de Télérama): « Il faut arrêter de parler de nouvelles technologies ! L’internet a bientôt 40 ans ! 14 ans si l’on prend comme date de naissance le message annonçant le web de Tim Berners Lee posté sur Usenet ! Et même le web 2.0 est basé sur des technologies qui ont déjà une dizaine d’années ! »

 Internet a donc une histoire à plusieurs dimensions mais d’abord «technique », lorsque j’évoquais cette histoire au dernier séminaire ou bien la programmation à sa base comme à celle de l’informatique en général, « très humaines » c’est à cela que je pensais. Je lisais hier dans Sloterdjik « Ni le soleil ni la mort » la phrase suivante «ce sont les ingénieurs et non les herméneuticiens qui font le monde », ingénieurs souvent au service de l’art militaire…Une « déshistoricisation » de l’objet réseau équivaudrait à valider une mythification en lieu et place d’une réflexion sur l’histoire des techniques. Le problème est d’ailleurs le même pour toutes les « machines » !

 

Pour relier l’objet « Internet » au problème du statut d’impensé du « technique » dans la culture, je pense au Mode d’existence des objets techniques : le texte de G. Simondon qui a été le premier (1958) à  réveiller les philosophes et autres penseurs contempteurs de la technique, ignorants des milieux humains et non humains!  Je cite : «  Cette étude est animée par l’intention de susciter une prise de conscience du sens des objets techniques. La culture s’est constituée en système de défense contre les techniques; or, cette défense se présente comme une défense de l’homme, supposant que les objets techniques ne contiennent pas de réalité humaine (Simondon; 1989: 9). » Simondon se penche non seulement sur la technophobie, mais aussi sur l’idolâtrie de la machine qui sont des traits de l’état de la société technologisée qui sont présentés par lui comme objectifs : «  L’évolution de la technique et de la culture à des vitesses complètement différentes crée un état de déséquilibre qui est la source de l’aliénation de l’homme. La culture se trouvant dépassée par la réalité technique a de la difficulté à assurer son rôle de médiateur et d’intégrateur entre l’homme et son milieu. sans contestation possible et de façon évidemment péjorative »

 

La culture entraînerait l’humain à adopter envers la technologie deux attitudes contradictoires: soit qu’il l’appréhende comme un simple ustensile, soit qu’il la dote d’intentions, bonnes ou mauvaises. Pour remédier à cette situation, la culture doit prendre conscience de la réalité humaine qui réside dans la réalité technique. Et cela ne peut se concrétiser qu’avec l’aide de la philosophie qui jouera son rôle d’intégrateur et de réparateur de la rupture entre la culture et la technique.

 

Pour saisir la portée philosophique de l’existence des objets techniques, Simondon propose une interprétation génétique généralisée des rapports de l’homme au monde. « Un objet technique abstrait est la traduction en matière d’un ensemble de notions et de principes scientifiques séparés les uns des autres en profondeur et rattachés seulement par leurs conséquences qui sont convergentes pour la production de l’effet recherché Cet objet technique primitif n’est pas un système naturel physique, il est la traduction physique d’un système intellectuel Pour cette raison il est une application ou un faisceau d’applications, il vient après le savoir et ne peut rien apprendre. Il ne peut être examiné inductivement comme un objet naturel car il est très précisément artificiel »

 

« L’objet technique concret c’est- à- dire évolué se rapproche du mode d’existence des objets naturels, il tend vers la cohérence interne, vers la fermeture du système des causes et des effets qui s’exerce a l’intérieur de son enceinte et de plus incorpore une partie du monde naturel qui intervient comme condition de fonctionnement et ainsi fait partie du système  des causes et des effets Cet objet en évoluant perd son caractère d’artificialité« 

 

« L’artificialité d’un objet réside dans le fait que l’homme doit intervenir pour maintenir cet objet dans l’existence en le protégeant contre le monde naturel en lui donnant un statut a part d’existence. L’artificialité n’est pas une caractéristique dénotant l’origine fabriquée de l’objet par rapport a la spontanéité productrice de la nature L’artificialité est ce qui est intérieur à l’action artificialisante de l’homme que cette action intervienne sur un objet naturel ou sur un objet entièrement fabriqué« 

 

Un animal domestique est donc un objet vivant construit ! Simondon appelle concrétisation technique le processus par lequel « l’objet primitivement artificiel « l’objet technique abstrait donc « devient de plus en plus semblable à l’objet naturel. Cet objet avait besoin au début d’un milieu régulateur le labo, l’atelier l’usine, peu a peu il gagne en concrétisation il devient capable de se passer du milieu artificiel car sa cohérence interne s’accroit, sa systématique fonctionnelle se ferme en s’organisant. ..C’est sa relation aux autres objets techniques ou naturels qui devient régulatrice et permet l’auto -entretien des conditions du fonctionnement. Cet objet n’est plus isolé ,il s’associera d’autres objets ou se suffit à lui même alors qu’au début, il était isolé et hétéronome

 

On aurait : trois types de milieux, trois types d’objets construits(vivants ou non vivants).avec

 

  • milieu régulateur (labo, atelier prototype, objet expérimental) que Simondon appelle objet technique abstrait
  • milieu associé objet technique proprement dit qui tout concret qu’il soit nécessite toujours une activité de contrôle humain sur le milieu associé.
  • milieu extérieur naturel on aurait l’objet vivant construit pour lequel milieu associé et milieu extérieur naturel seraient une seule et même réalité

Dans le même sens, B.Latour dans La politique de la nature propose aussi d’offrir aux non-humains une participation démocratique !

J’en tire plusieurs conséquences :

o   Toute étude de cet objet requiert, il me semble, d’intégrer le point de vue très concret des visées technologiques de l’ingénieur : décision, sélection. La visée téléologique est évidente par exemple dans les OGM, chaque « bricolage génétique » est une sélection opérative (éliminer tel parasite etc…)Il est tellement facile de « naturaliser » l’objet technique qu’on tombe dans l’illusion du Deus ex machina !

o   La prise en compte de la création intellectuelle du génie logiciel, du système, du réseau…de la visée intégrative progressive de tous les savoirs et savoir faire humains dans des progiciels logiciels et autres serveurs me semblent indispensables au moins en arrière fond de toute étude  d’un objet web ou jeu vidéo…. La référence à une véritable épistémologie de l’informatique présentant les métaprescriptions qui régissent les différents domaines et applications. (quels textes ? qui les écrit ? des philosophes ? des scientifiques ?)

o   La grande révolution m’est-elle pas celle du savoir, la disparition de tout « métier » (exemple le problème du journalisme) et donc du politico-économique et non celle de la communication ?

Est-ce qu’on aurait par là des garde fous pour ne pas sombrer dans le piège d’une pensée magique technophile ou technophobe ?Comme le rappelle M.Puech (Homotechnologicus) la technique n’est ni bonne ni mauvaise ni neutre  En fait seule la réflexion sur cet objet devrait l’être !

D’autre part, Internet peut –il être étudié comme dispositif panopticuum, dispositif économique, avec les impacts sociaux (et identitaires) qui en résultent. Ce dernier point de vue me semble indispensable lorsqu’on aborde des descriptions comme celles de Marc Prensky ou des concepts comme digital natives ou digital migrant….Le problème d’Internet comme dispositif technoscientifique induisant l’universalisation d’une économie de l’information, de l’opinion avec son support technicopolitique : la traçabilité des identités et des comportements. Ici encore, j’adhère pleinement aux propos de YL répondant aux questions de Telerama « Comme dispositif, Internet n’échappe pas à la question du pouvoir. Il est la continuation de la lente intériorisation des dispositifs de surveillance telle que la décrit Foucault dans Surveiller et Punir. Mais au panoptique vertical de Bentham, Internet substitue un panoptique horizontal et généralisé : chacun surveille son voisin. Autre différence, là ou le panoptique se donnait a voir comme dispositif de surveillance et de punition, Internet, surtout dans sa version web 2.0, se présente sous des aspects bien plus séducteurs. Mais un pouvoir, même séducteur, reste un pouvoir. La question, pour moi, n’est pas celle d’un rapport au virtuel, mais d’un rapport au pouvoir. Google, avec les informations de santé publique que recèle ses serveurs détient un pouvoir. Qu’allons nous en faire ? Qu’allons nous faire de la montée des nouvelles puissances comme Google, Youtube, Facebook et le déclin de nos Etats dans les sphères de l’éducation et de la santé ? »

Comme B.Stiegler, je ne crois ni au virtuel ni à l’immatériel, au contraire il s’agit d’hypermatérialisation, et le virtuel est un leurre : « la transformation de tout en informations en états de matière par l’intermédiaire de matériels et d’appareils contrôlables. »Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas les câbles qu’ils n’existent pas ! De la même façon une activité de mon cerveau va être matérialisée dans un enregistrement numérique. Pour B. Stiegler ces « dispositifs hypermatériels permettent de développer ce que l’on pourrait appeler les technologies d’un psychopouvoir sans équivalent dans l’histoire »[1]Si l’on s’attache à l’inédit de ce qui nous modifie, on ne peut pas ne pas s’attacher à l’inédit du dispositif, en particulier autour de l’iden

Pour conclure, je crois que je dois être comme l’écrit Sloterdjick une « boarder liner » de l’humanisme à toujours chercher des a priori du « sens » là où il faut se laisser guider  d’abord par la pratique….

 


[1] Economie de l’hypermaté&riel et psychopouvoir »B.Stiegler

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