Martin Lessard, se fait l’écho du livre de Christian Vandendorpe Du papyrus à l’hypertexte dans son billet La lecture en éclats. Il profite pour reprendre quelques unes des questions que posent l’écrit une fois qu’il traverse l’écran
D’un coté, nous avons le livre, avec l’auteur, le lecteur, le texte et l’organisation du codex en chapitre, paragraphes, pages. De l’autre, l’écran, le texte qui se fait hyper, et comme figures la dispersion, la fragmentation, la mosaïque, la superposition de contenus hétérogènes ou hétéroclites.
La lecture en est chamboulée non pas seulement parce que les motifs de distraction – on ne s’ arrête pas assez souvent sur cette idée curieuse : la lecture doit être sérieuse – sont nombreux. Il faut aussi prendre en compte que la lecture se mèle à l’écriture : le texte est transvasé dans d’autres espaces sociaux, indexé, sauvegardé. La lecture solitaire et silencieuse qui était la norme depuis Saint Augustin n’est plus de mise : liens syntaxiques de
cause, d’opposition, de but, de conséquence et autres, mais aussi liens
logiques, pragmatiques et de cohérence narrative.
Pour comprendre ces changements, nous avons derrière nous l’histoire. Lorsque Gutemberg invente l’imprimerie et fait du livre un objet de masse, la quantité de savoir explose exponentiellement. Pour , Douglas S. Roberston, nous sommes dans une situation comparable à celle des contemporains de Gutemberg : nous serions sur le point de traverser une nouvelle renaissance. C’est une position intéressante, surtout si l’on prend en compte que la renaissance suppose que l’on en passe par la mort.
Nous voila donc dans des configurations qui peuvent nous sembler plus familière : le malaise dans la civilisation. Ce que la culture secrète via le réseau Christian Vandendorpe croise également d’autres questions qui nous sont tout autant familières : l’idée d’un "espace de séduction" donne a penser. Par exemple, il est possible que l’attention limitée que nous avons sur nos écrans ne soient pas due à la séduction mais à l’horreur.
Si l’on prend en compte que le papier est une de nos matières a penser, sa dématérialisation ne manquera de provoquer quelques effets. Le simple passage du codex avec ses feuillets, son dos, le recouvrement des pages au fil de la lecture a une page sur un écran qui s’affiche, disparaît et maintenant se modifie au fil des commentaires et des publicités influe sur nos pensée : ici les recouvrements, le temps qui passe avec un avant et un après, bref, l’organisation oedipienne et de l’autre… autre chose
A noter : le livre Du papyrus à l’hypertexte est disponible intégralement en ligne. [.pdf, 8.72 Mo]