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	<title>Web Perlaboration &#187; Objets et espaces transitionnels</title>
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	<description>Internet, culture et psychanalyse</description>
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		<title>Les metamorphoses du livre</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Oct 2009 18:45:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann.leroux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Objets et espaces transitionnels]]></category>
		<category><![CDATA[frédéric kaplan]]></category>
		<category><![CDATA[livre]]></category>
		<category><![CDATA[vannevar bush]]></category>

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		<description><![CDATA[On disait le livre mort, tué par la télé. Puis, le réseau aurait finalement eu raison de lui. Mais le livre est encore là. Mieux, il mélange ses pages aux matières numériques. «Le sens des choses», de Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini comporte sur ses pages de curieux objets. Ils sont entre le labyrinthe, Pac-ManW [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><a href="http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://www.hautes-vosges.fr/images/flashcode.gif&amp;imgrefurl=http://www.hautes-vosges.fr/&amp;usg=__1FPpxZ67kYysh8Y97V4Xn5_stNk=&amp;h=297&amp;w=297&amp;sz=4&amp;hl=fr&amp;start=1&amp;sig2=vIEWiGffTysSKfEZ6MxZiA&amp;um=1&amp;tbnid=nF-CJor4j84aTM:&amp;tbnh=116&amp;tbnw=116&amp;prev=/images%3Fq%3Dflashcode%26hl%3Dfr%26client%3Dfirefox-a%26rls%3Dorg.mozilla:fr:official%26sa%3DN%26um%3D1&amp;ei=eZfgSs5njMj5BpPShakL"><img style="display: inline; margin-left: 0px; margin-right: 0px" align="left" src="http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:nF-CJor4j84aTM:http://www.hautes-vosges.fr/images/flashcode.gif" width="116" height="116" /></a>On disait le livre mort, tué par la télé. Puis, le réseau aurait finalement eu raison de lui. Mais le livre est encore là. Mieux, il mélange ses pages aux matières numériques. «Le sens des choses», de Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini comporte sur ses pages de curieux objets. Ils sont entre le labyrinthe, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pac-Man" target="_blank" title="From Wikipedia the definition of: Pac-Man" style="padding-bottom: 2px; border-bottom: 1px dotted #DD0000" >Pac-Man</a><sup style="font-family: Georgia, Times New Roman, Serif; font-weight: bold; color: #AAAAAA" ><em>W</em></sup> et une planche du <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Rorschach" target="_blank" title="From Wikipedia the definition of: Rorschach" style="padding-bottom: 2px; border-bottom: 1px dotted #DD0000" >Rorschach</a><sup style="font-family: Georgia, Times New Roman, Serif; font-weight: bold; color: #AAAAAA" ><em>W</em></sup>. Ce sont des <a href="http://www.flashcode.fr/">flashcodes</a> développés par l’opérateur Orange. Il suffit de scanner le flashcode avec un téléphone portable, et l’on accède a des contenus et des services : cela peut être une page web, un forum ou de la musique.</p>
<p align="justify">Les matières numérique ont fait subir au livre ce qu’elles ont fait subir a toute la réalité : elle l’augmentent. Le livre n’est plus tout entier enfermé entre sa première et sa quatrième de couverture. Il déborde, et saute vers d’autres médias. Ce n’est pas vraiment une nouveauté : le livre a toujours eu en lui une part d’hypertextualité : il fait référence à des livres qui ne sont pas lui, et ses appareils critiques sont des liens internes. </p>
<p align="justify">Ironiquement, alors que l’on tentait de donner aux écrans une forme de livre, avec des objets comme le Kindle, le papier préparait en silence son mariage avec les matières numériques.</p>
<p align="justify">Le livre est une <em>killing app’</em>&#160; ou plus platement un “objet-interface” (<a href="http://www.fkaplan.com/fr/multipage.xml?pg=5&amp;id=304707">F. Kaplan</a>). De tous les objets, c’est sans doute celui nous met le plus facilement en contact avec l’information : le parcourir donne une idée de son contenu, on retrouve facilement la page que l’on cherche parce que ses manipulations nous ouvrent les accès de la symbolisation “en corps” tandis que les matières numériques mettent de type de symbolisation et de mémorisation en retrait.</p>
<p align="justify">Un des avenirs du livre est peut-être dans ce dispositif inventé par Frédéric Kaplan : une lampe projette une lumière interactive. Elle projette des images sur ce que l’on lit. Ce peut être des liens hypertexte, des images, des vidéos. Le dispositif&#160; permet de garder en mémoire les traces des lectures passées, de transformer le livre en palimpsestes en superposant sur la page lue des informations sur les lectures précédentes de cette même page.&#160; </p>
<p align="justify">Nous approchons nous du moment ou <a href="http://mediateur.free.fr/web/hist_aswemaythink_fr.htm">le rêve du vieux Vannevar Bush</a> pourra être réalisé ?</p>
<blockquote><p align="justify">Comme pour la musique, la plupart des documents imprimés sont déjà numérisés quelque part sur Internet, ou ils le seront demain. Le rêve des Ptolémée à Alexandrie est en train de se réaliser.<em> La question n’est donc plus celle de l’accès, mais celle de nos cheminements.</em> . <a href="http://www.fkaplan.com/fr/multipage.xml?pg=5&amp;id=304707">Frédéric Kaplan</a></p>
</blockquote>
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		<title>L&#8217;homme-machine</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jun 2008 06:11:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>yann.leroux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Groupe - Absence et présence - Je Moi Self]]></category>
		<category><![CDATA[Objets et espaces transitionnels]]></category>
		<category><![CDATA[aire transitionnelle]]></category>
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		<description><![CDATA[&#160; 
La technologie est de plus en plus pr&#233;sente dans nos vies, et il est important de comprendre comment elle fa&#231;onne le sentiment d&#8217;&#234;tre un &#234;tre humain. Les rapprochements se sont faits dans les deux sens. D&#8217;un cot&#233;, les machines deviennent de plus en plus capables de faire des choses qui seraient consid&#233;r&#233;es comme intelligentes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&#160;<img src="http://www.vivantinfo.com/typo3temp/pics/9e591c3a35.jpg" align="left" /> </p>
<p>La technologie est de plus en plus pr&#233;sente dans nos vies, et il est important de comprendre comment elle fa&#231;onne le sentiment d&#8217;&#234;tre un &#234;tre humain. Les rapprochements se sont faits dans les deux sens. D&#8217;un cot&#233;, les machines deviennent de plus en plus capables de faire des choses qui seraient consid&#233;r&#233;es comme intelligentes si elle &#233;tait faites par un &#234;tre humain; de l&#8217;autre, les &#234;tre humains se rapprochent de plus en plus de leurs machines, les consid&#233;rant comme une extension de leur self.</p>
<p>L&#8217;internet est un espace dans lequel de nouvelles formes d&#8217;exploration de soi et des autres est possible. La psychopharmacologie, la g&#233;n&#233;tique, l&#8217;intelligence artificielle et la robotique font partie des technologiques reconfigurent les fronti&#232;res classiques du vivant et nous poussent &#224; repenser des notions fondamentales : qu&#8217;est ce qu&#8217;&#234;tre humain ? qu&#8217;est ce que penser ? Au MIT, <a href="http://web.mit.edu/sturkle/www/techself/" target="_blank">Sherry Turkle</a> et Abby Rockfeller Mauz&#233; ont cr&#233;&#233; le groupe <a href="web.mit.edu/sturkle/www/techself/" target="_blank">Initiative on technology</a> en 2001. Le groupe a pour but d&#8217;&#234;tre un centre de reflexion et de recherche sur les effets de la techologie et d&#8217;attirer l&#8217;attention sur les dimensions sociales et psychologiques qu&#8217;ils impliquent</p>
<p>Au sein de ce groupe, Sherry Turkle a men&#233; une r&#233;flexion sur ce qu&#8217;elle a appel&#233; les &quot;evocative objets&quot;, c&#8217;est &#224; dire des objets qui nous am&#232;ne &#224; nous penser diff&#233;rement ou &#224; penser diff&#233;rement des cat&#233;gories telles que le corps, le d&#233;sir, l&#8217;autre. Pour le dire autrement, les &quot;evocative objects&quot; sont des objets au contact duquel nous nous pensons diff&#233;rement.</p>
<p>Psychanalyste, Sherry Turkle en appelle &#224; de nouvelles th&#233;orisations de la psychanalyse sur ces questions. Elle fait remarquer que pour l&#8217;instant, la psychanalyse est &#233;trangement silencieuses sur des questions qui sont pourtant centrales pour elle : l&#8217;identit&#233; et la relation d&#8217;objet. Les questions apport&#233;s par l&#8217;intelligence artificielle : comment l&#8217;esprit &#233;merge d&#8217;interactions, par exemple lui semblent porteuse de d&#233;bats riches et n&#233;cessaires entre la psychanalyse et les neurosciences. Chaque disciple se trouverait enrichie par ces &#233;changes, et la culture elle m&#234;me y gagnerait une voix suppl&#233;mentaire car pour l&#8217;instant, pour ce qui est de tous ces objets qui accompagnent notre quotidient, c&#8217;est surtout les publicitaires qui se font entendre.</p>
<p>Dans les ann&#233;es 1980, Sherry Turkle consid&#233;rait que l&#8217;ordinateur &#233;tait comme un second self au sens d&#8217;un objet de projection. Chacun avait alors une relation priv&#233;e avec son ordinateur. La machine offirait l&#8217;extraordinaire possibilit&#233; de chosir d&#8217;&#234;tre seul sans &#233;prouver de la solitude. Il est possible de lui confier ses objets, sa vie, soi-m&#234;me. Connect&#233; sur le r&#233;seau, l&#8217;ordinateur devient une porte ouverte &#224; de nombreuses relations. Dans cette nouvelle <em>comedia del arte</em>, chacun peut jouer son jeu puisque chacun peut avancer masqu&#233; : sur le r&#233;seau, personne ne sait que tu es un chien. Chacun pourrait ainsi explorer diff&#233;rents aspects de son self en jouant avec ses identit&#233;s en ligne. Il ne s&#8217;agit pas simplement pour Sherry Turkle de jeux de r&#244;le, mais de la pr&#233;sence au sein de self de diff&#233;rents mondes et jouant diff&#233;rents r&#244;les en m&#234;me temps.</p>
<p>Les r&#233;f&#233;rences qu&#8217;elle utilise viennent principalement de Kohut et d&#8217;Erickson. A Kohut, elle emprunte la notion de d&#8217;objet-soi (&quot;self-object) c&#8217;est &#224; dire des objets pris dans le monde ext&#233;rieur pour &#233;tayer un narcissisme fragile. Les objets relationnels lui semblent &#234;tre de bons candidats pour &#234;tre utilis&#233;s comme des objets-soi. La seconde r&#233;f&#233;rence est celle du moratoire d&#8217;Erickson. On se souvient que Milton Erickson avait d&#233;crit l&#8217;adolescence comme un moratoire, c&#8217;est &#224; dire un temps ou des exp&#233;riences peuvent &#234;tre faites sans qu&#8217;elles pr&#234;tent &#224; consc&#233;quence. Sherry Turkle pose l&#224; une hypoth&#232;se qui me parait tout &#224; fait int&#233;ressante : puisque notre culture n&#8217;offre plus a ses adolescents de moratoire, les groupes en ligne jouent ce r&#244;le. Pour certain, c&#8217;est l&#8217;occasion d&#8217;agir des pulsions d&#8217;une mani&#232;re qui serait s&#233;v&#232;rement r&#233;prim&#233;e dans le monde hors ligne, pour d&#8217;autres la possibiblit&#233; de rejouer des difficult&#233;s personnelles, pour d&#8217;autres enfin la possibilit&#233; de les &#233;laborer. [Cf. Travail du virtuel, Tisseron.,]. Enfin, bien &#233;videment, on retrouve D. W. Winnicott et son objet transitionnel avec une annotation importante : c&#8217;est parce qu&#8217;il &#233;tait, tout comme Erickson, psychanalyste d&#8217;enfant, qu&#8217;il a pr&#233;t&#233; aux objets l&#8217;attention qui leur est d&#251;e.</p>
<p>Il est surprenant de ne pas trouver dans les r&#233;f&#233;rences de Sherry Turkle Harold Searles qui a produit un travail important sur l&#8217;environnement non humain. Sa th&#232;se principale &#233;tait que cet environnement joue un r&#244;le crucial dans le d&#233;veloppement humain. Le peu d&#8217;attention qui lui est port&#233; est une mesure de l&#8217;exigence de travail par lequel nous nous pensons et vivons diff&#233;rent de l&#8217;inanim&#233;. Winnicott reprendra une th&#232;se similaire en supposant que l&#8217;acceptation de la r&#233;alit&#233; est &quot;une t&#226;che sans fin et que nul &#234;tre humain ne parvient &#224; se lib&#233;rer de la tension suscit&#233;e par la mise en relation de la r&#233;alit&#233; du dedans et de la r&#233;alit&#233; du dehors&quot; et que c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment pour se soulager de cette tension qu&#8217;est cr&#233;e une aire transitionnelle (D.W. Winnicott, Jeu et r&#233;alit&#233; p. 24)</p>
<p>Si les objets portables nous sont devenus de &quot;objets relationnels&quot;, c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment nous pouvons les porter comme des v&#234;tements. Cela est d&#8217;ailleurs vrai pour tous les objets, auxquels nous pouvons d&#233;l&#233;guer une partie de notre fonctionnement psychique dans des buts de sauvegarde. Cela est parfaitement illustr&#233; par le conte conte de Jean de Lafontaine, &quot;<a href="http://www.anthologie.free.fr/anthologie/fontaine/nouveau01.htm" target="_blank">Comment l&#8217;esprit vient aux filles</a>&quot; par lequel il d&#233;crit les aventures de Lise, 13 ans :</p>
<blockquote><p>Lise n&#8217;&#233;tait qu&#8217;un mis&#233;rable oison.</p>
<p>Coudre &amp; filer &#233;tait son exercice;</p>
<p>Non pas le sien, mais celui de ses doigts;</p>
<p>Car que l&#8217;esprit e&#251;t part &#224; cet office,</p>
<p>Ne le croyez pas; il n&#8217;&#233;tait nul emplois</p>
<p>O&#249; Lise p&#251;t avoir l&#8217;&#226;me occup&#233;e</p>
</blockquote>
<p>D&#8217;ailleurs, Jean de La Fontaine le dit brutalement : &#171; Lise songeait autant que sa poup&#233;e &#187;. Il y aurait beaucoup &#224; dire sur ce conte grivois &#8211; car bien entendu, il se trouvera un p&#232;re Bonaventure pour traiter Lise comme une poup&#233;e &#8211; mais un des angles de compr&#233;hension est rendu possible par les r&#233;flexions de S. Tisseron sur les objets [Tisseron. 1999] . Les objets, c&#8217;est la th&#232;se qu&#8217;il d&#233;fend, donnent &#224; penser, c&#8217;est-&#224;-dire qu&#8217;ils sont une aide &#224; la symbolisation. </p>
<p>Cette symbolisation est une symbolisation &#171; en corps &#187;, en ce sens qu&#8217;elle fait participer l&#8217;exp&#233;rience que nous avons du monde, et ce jusque dans ses recoins sensuels ou douloureux, pour les traduire en repr&#233;sentations qui vont &#224; la fois rappeler et t&#233;moigner de cette exp&#233;rience aupr&#232;s d&#8217;un autre. La manipulation obsessionnelle d&#8217;un objet, l&#8217;&#233;lection d&#8217;un v&#234;tement pr&#233;f&#233;r&#233;, la mise en valeur d&#8217;un bibelot, la r&#233;novation de meubles anciens peuvent t&#233;moigner aussi bien d&#8217;un mouvement d&#8217;introjection, de la r&#233;activation de sensations, d&#8217;&#233;motions, de fantasmes narcissiques et sexuels ou encore de la mise en d&#233;p&#244;t de fragments d&#8217;exp&#233;rience douloureux. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il faut sans doute redresser l&#8217;histoire de Jean de Lafontaine : c&#8217;est apr&#232;s avoir &#233;t&#233; &#171; piqu&#233;e &#187; par le p&#232;re Bonaventure, trait&#233;e comme une poup&#233;e, que Lise en est r&#233;duite &#224; ne plus pouvoir penser &#224; quoi que ce soit. Et ce n&#8217;est plus que du bout des doigts qu&#8217;elle se permet d&#8217;&#234;tre vivante, perdue dans une manipulation d&#8217;objets qui rappelle le traitement dont elle a &#233;t&#233; l&#8217;objet. A moins que la quenouille ne soit un de ces &#171; objets fatals &#187; que d&#233;crit S. Tisseron, c&#8217;est-&#224;-dire un objet ayant fait l&#8217;objet d&#8217;un encryptement qui fonctionnent comme des bombes &#224; retardement si les significations secr&#232;tes qui y sont attach&#233;es ne sont pas r&#233;v&#233;l&#233;es. Se serait alors inscrite quelque catastrophe v&#233;cue par la g&#233;n&#233;ration pr&#233;c&#233;dente et que l&#8217;activit&#233; de couture aurait eu pour fonction &#224; la fois de symboliser, gr&#226;ce &#224; l&#8217;introjection lente et patiente des gestes de la couture, et de maintenir loin de la pens&#233;e dans un clivage actif : ce sont les doigts de Lise qui travaille, nous dit Lafontaine, son &#226;me, elle, est vide.</p>
<p>Les objets dont parle Sherry Turkle ne sont pas si diff&#233;rents de la quenouille de Lise. Ils ne pensent pas, mais des pens&#233;es leur sont pr&#234;t&#233;es. Ils peuvent assurer, comme tous les objets, des fonctions utilitaires, narcissiques ou sexuelles. Ils nous identifient, conservent nos souvenirs et participent &#224; un travail d&#8217;&#233;laboration de notre montre interne. Ces objets nous identifient au sens de &quot;donner une identit&#233;&quot; mais aussi, de plus en plus souvent, au sens de &quot;reconna&#238;tre&quot;; ils conservent nous souvenirs sous la forme des traces des messages que nous avons envoy&#233;s ou des l&#8217;historique de nos interactions avec l&#8217;objet; enfin, ils participent &#224; un travail d&#8217;&#233;laboration de notre monde interne en nous en fournissant une image. Cette &#233;laboration &#224; mon sens, n&#8217;est accessible, que si le rapport que nous avons avec l&#8217;objet nous est interpr&#233;t&#233; par quelqu&#8217;un d&#8217;autre.</p>
<p>Ces objets sont cependant diff&#233;rents : ils appartiennent &#224; des espaces cr&#233;&#233;s &#224; leur mesure. Les espaces num&#233;riques auxquel ils appartiennent nous sont &#233;trangers. Nous ne pouvons les parcourir qu&#8217;avec l&#8217;aide de ces d&#233;l&#233;gations diplomatiques que sont nos avatars et nos identit&#233;s num&#233;riques. Ces espaces num&#233;riques sont des &quot;contre-espace&quot; (Foucault, 1967) c&#8217;est-&#224;-dire des &quot;hors-l&#224;&quot; qui doublent l&#8217;espace en le r&#233;pr&#233;sentant et le contestant tout &#224; la fois. Ce sont des espaces sans lieu. L&#8217;enfance en est un bon exemple. Si nous pouvons revenir sur notre enfance en pens&#233;e, il arrive que nous ne puissions, par inhibition, par refus assum&#233;, ou par emp&#234;chement, revenir sur des lieux de cette enfance. Nous avons le souvenir d&#8217;une maison, d&#8217;une plage, d&#8217;un jardin public, mais le lieu nous est interdit. Mieux encore : l&#8217;espace et le lieu ne sont jamais totalement superposable, d&#8217;ou la d&#233;ception ou l&#8217;&#233;tranget&#233; que l&#8217;on &#233;prouve lorsque l&#8217;on se rend sur les lieux de son enfance et que l&#8217;on se trouve en fait dans l&#8217;espace de ses souvenirs. Les espaces num&#233;riques fonctionnent de la m&#234;me mani&#232;re. Ils n&#8217;ont pas de lieux, mais ils sont constitu&#233;s par une s&#233;rie d&#8217;espace dont nous gardons des souvenirs et les machines des traces.</p>
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