L’origine du monde. Lacan aimait ce tableau de Gustave Courbet et il en avait fait l’acquisition. L’art numérique s’ouvre sur une autre version de l’œuvre numérique. Elle est instantanément reconnaissable, et pourtant, elle est différente.
La prochaine réunion du groupe de travail Internet, psychanalye et culture sera consacrée à des échanges autour de L’art numérique Comment la technologie vient au monde de l’art. Le livre de Edmond Couchot et Norbert Hillaire est sorti tout juste des presses et vient fort à propos nourrir notre réflexion sur les mondes et les matières numériques.
Il est toujours intéressant de garder un œil sur les arts. Les artistes mettent souvent en lumière en quelques traits ce que les sciences humaines approchent péniblement en quelque épais volumes. Sur le numérique, ils ont sans aucun doute beaucoup a dire. Plus exactement ils ont beaucoup à être écoutés
L’introduction de L’art numérique est très prometteuse. Elle pointe que numérique a infiltré tous les arts, des arts visuels à la littérature en passant par les arts vivants jusqu’aux jeux vidéo. Cette colonisation a commencé il y a une quarantaine d’année et a ses écoles, ses centres de recherche et surtout ses utilisateurs dont certains n’ont de cesse de détourner les dispositifs numériques. Certaines formes d’art numérique sont endémiques aux mondes numériques : elles n’appartiennent qu’a eux, et ne sont possible que dans ces lieux. Ainsi, si un ordinateur peut imiter n’importe quel instrument de musique, il permet également de produire des effets qui sont inimitables comme dialoguer avec son utilisateur. il est “interactif, conversationnel, participatif, collaboratif” Mais malgré son extension, l’art numérique reste encore boudé par les élites et c’est un des objectifs du livre que de faire sortir l’art numérique de l’anonymat ou l’indifférence dans lequel il est maintenu
Il est un mot qui apparait dès l’introduction et qui me semble être la figure non seulement des arts numériques, mais du numérique dans son ensemble. C’est celui d’hybridation. On peine à maintenir l’art numérique dans une seule catégorie. Toujours il s’échappe, et échappe aux tentatives de recensement. Comment recenser quelque chose qui se présente toujours sous la forme d’une profusion extraordinaire. Déjà, pointent les auteurs, il est impossible de faire le catalogue des œuvres numériques se présentant sous la forme d’objets physique. Celles qui sont basée sur le web sont encore plus difficile à saisir. Et de prévenir : “le numérique bouleverse […] notre rapport au temps, notre façon de le vivre ou de le revivre, de l’anticiper, de nous y soustraire à travers l’art”
Nous y voilà donc. Le temps est jusqu’à présent un des grands axes autour duquel s’articulent les processus psychologique. C’est même une ligne de partage entre ce qui est symbolisé et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est mémorisé et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est inscrit quelque part, et ce qui n’a aucune inscription. Ce que la flèche de l’art numérique indique c’est tout à la fois l’apparition d’ “un nouveau support, qui étend considérablement les possibilité de diffusion et de conservation de la mémoire, et un nouvel enjeu de la mémoire, un puissant vecteur de dynamisation du musée dans sa virtualisation, qui permettrait de compenser la muséification de certains de nos espaces physiques (urbains ou ruraux).”
Ce qui vaut pour l’art et les musées vaut il pour l’homme sans qualité ? C’est ce que nous tenterons d’examiner.