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On peut noter que la question de la représentation située entre mimesis et médiation est une question essentielle de toute culture. L’homme dans sa pratique culturelle et artistique a inventé des leurres pour pallier l’absence et la disparition. C’est sur le statut de ces images qu’une dialectique essentielle a l’élaboration de la culture occidentale, s’est instaurée.?Les religions monothéistes (hormis la religion catholique) ont érigé l’interdit de la représentation comme un point capital, une nécessité de la mise à distance de la perception au profit de la pensée. Comment l’homme peut-il s’éloigner de l’animal ? Mais faut-il abstraire ou au contraire présentifier l’image de Dieu pour élever l’esprit??La passion de l’image est indissociable, en occident, du destin iconique de la passion du Christ.?L’icône, du grec eikôn, image,( mais qui peut être traduit par « le semblant », dont le statut complexe se situe pour Platon , dans le Sophiste, entre l’être et le non-être) , fait partie de l’héritage platonicien du christianisme.?Au 4° siècle, certains évêques continuèrent à enseigner que le Fils était homoousios au Père, c’est-à-dire de même substance, et refusèrent de le dire homoiousios, de substance semblable. Un iota qui donna naissance à un schisme.?Si l’iconophilie s’est élaboré dans une opposition à la pensée arabe, juive et grecque, elle a provoqué entre le 8°et le 10° siècle une violente réaction iconoclaste. « L’inscription iconique a un certain nombre de supériorités sur le langage : elle s’adresse à tous universellement, ignorant la barrière des langues (…) et a une position différente de celle du langage par rapport au temps ; Elle est continue et immédiate (…) Au discours peut toujours s’opposer un autre discours. À l’icône, nul ne peut répliquer. Elle n’a pas de contraire et du même coup, elle fonde l’irréductibilité de la croyance et du visible » « Discours contre les iconoclastes » Nicéphore,( trad. Mondzain- Baudinet).?Les Eglises d’Orient et d’Occident se sont séparées au 11°siècle, les Orthodoxes refusant d’accepter que le saint-esprit procédât du père et du fils (filioque). Un problème d’incarnation.?Plus tard les clunisiens, partisans de raconter la vie de Jésus sur des chapiteaux historiés des églises romanes s’opposèrent aux cisterciens qui refusaient cette idée et décoraient abstraitement leurs chapiteaux.?Les Protestants s’opposèrent également aux Catholiques sur une question de représentation (notamment sur le statut de l’eucharistie qui n’était pas pour eux le corps du Christ, mais sa représentation). Le mouvement de la contre-réforme s’amplifia dans l’art baroque, en s’opposant à l’abstraction protestante. ?On peut penser que toute l’histoire de l’art occidental repose sur cette tension et que cette tension a eu des effets créatifs puissants.?Le statut de l’image a toujours suscité des réactions extrêmement violentes, entraînant schismes, ruptures, guerres, comme si cette question ne pouvait être traitée hors de la « passion ».?La question du virtuel semble s’inscrire dans le prolongement de cette dialectique.

2 Responses to “Iconophile et iconoclaste.”

  1. Jean Marc Chevillard dit :

    Le statut de l’image me fait penser plutôt à la question du regard et au développement de Lacan dans le séminaire XI pour contrer Merleau-Ponti dans son texte le visible et l’invisible ou l’œil et l’esprit. Lacan parle de schize de l’œil et du regard à partir de la peinture, ça renvoit aussi au texte sur les ménines de Vélasquez dans les mots et les choses de M. Foucault à la même époque. Il faudrait que je le relise…
    Sinon je pensais à ce changement entre le dedans et le dehors avec ces NTIC, au niveau de nos propres représentations. Entre l’intime et le dehors, c’est à dire le monde, un espace intermédiaire qui peut-être maintenant de plus en plus fortement investit change les rapports à l’action et au regard (entre autre chose).

  2. jean-baptiste roux dit :

    Les associations que tu renvoies et notamment les Ménines m’évoquent le texte de Freud sur les pulsions et leurs destins où la question de la sublimation n’est pas loin.
    A propos de cet espace intermédiaire qui est de plus en plus investi, on peut s’en rendre compte quand l’ordi est en panne. Il manque alors véritablement un espace (où noter, où écrire, où chercher, où échanger, où faire un signe?)

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