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La discussion sur les psychothérapies en ligne à partir du texte Psychothérapies en ligne : histoire, processus et questions éthiques a permis de continuer la réflexion. S’il est évident qu’il n’est pas possible de faire de psychanalyse sur le réseau, la question des psychothérapies, et pour ce qui nous intéresse, des psychothérapies psychanalytiques, reste à travailler.

Les psychothérapies par mail ou par forum étant les plus utilisées par les psychothérapeutes anglo-saxon , ce sont elles qui ont été principalement discutées.

La discussion a porté sur les effets de la situation Internet sur l’ensemble du dispositif psychothérapeutique. Comment les deux se mêlent, s’emmêlent, s’empêchent ou se favorisent.

Ainsi, il a pu être remarqué que l’interprétation du psychanalyse vient dans l’ici et maintenant. Comment peut fonctionner cette manifestation de la rencontre de deux inconscients sur Internet puisque le temps peut être considérablement distendu ? Ce qui est ici questionné c’est la capacité d’être avec le patient sur l’Internet puisque lorsque l’un écrit à l’autre, il n’est pas assuré que l’autre le pense.

L’autre point sur lequel a porté la discussion est le “always on” du psychothérapeute. J’avais en effet rapporté l’exemple d’un psychothérapeute aidant son patient a résoudre une difficulté par SMS. Cela montre a la fois l’utilisation trans-média puisque la psychothérapie avait lieu par mail et a un moment de crise le patient avait contacté son psychothérapeute qui lui avait répondu immédiatement. Nous avons plutôt tendance à compter sur les effets de cadrage des dispositifs psychothérapeutiques que nous mettons en place : il y a le temps de la psychothérapie, et il y a le temps ou ce n’est pas la psychothérapie.

L’écrit peut il être un support de travail psychanalytique ? Cela dépend de la perspective que l’on adopte. La cure type est déterminée par des effets de parole et de parole uniquement mais nous avons maintenant le recul des psychothérapies psychanalytiques médiatisées par autre chose que la parole. Je pense au travail auprès des enfants et des différents dispositifs qui ont été inventés : médiation terre, peinture, pataugeoire etc. Nous avons également discuté de quelque chose qui me semble important sur le réseau : l’écrit qu’on y trouve a été modifié par les matières numériques. C’est un écrit oralisé, créolisé : sur Internet tout tend a devenir une conversion (Marococcia, M., Gauducheau N., 2007)

Enfin, reste la question difficile : ces espaces peuvent ils soutenir une interprétation ? Quelles modifications font ils subir au transfert ? En d’autres termes, l’Internet est il un dispositif symbolisant ?

On disait le livre mort, tué par la télé. Puis, le réseau aurait finalement eu raison de lui. Mais le livre est encore là. Mieux, il mélange ses pages aux matières numériques. «Le sens des choses», de Jacques Attali et Stéphanie Bonvicini comporte sur ses pages de curieux objets. Ils sont entre le labyrinthe, Pac-ManW et une planche du RorschachW. Ce sont des flashcodes développés par l’opérateur Orange. Il suffit de scanner le flashcode avec un téléphone portable, et l’on accède a des contenus et des services : cela peut être une page web, un forum ou de la musique.

Les matières numérique ont fait subir au livre ce qu’elles ont fait subir a toute la réalité : elle l’augmentent. Le livre n’est plus tout entier enfermé entre sa première et sa quatrième de couverture. Il déborde, et saute vers d’autres médias. Ce n’est pas vraiment une nouveauté : le livre a toujours eu en lui une part d’hypertextualité : il fait référence à des livres qui ne sont pas lui, et ses appareils critiques sont des liens internes.

Ironiquement, alors que l’on tentait de donner aux écrans une forme de livre, avec des objets comme le Kindle, le papier préparait en silence son mariage avec les matières numériques.

Le livre est une killing app’  ou plus platement un “objet-interface” (F. Kaplan). De tous les objets, c’est sans doute celui nous met le plus facilement en contact avec l’information : le parcourir donne une idée de son contenu, on retrouve facilement la page que l’on cherche parce que ses manipulations nous ouvrent les accès de la symbolisation “en corps” tandis que les matières numériques mettent de type de symbolisation et de mémorisation en retrait.

Un des avenirs du livre est peut-être dans ce dispositif inventé par Frédéric Kaplan : une lampe projette une lumière interactive. Elle projette des images sur ce que l’on lit. Ce peut être des liens hypertexte, des images, des vidéos. Le dispositif  permet de garder en mémoire les traces des lectures passées, de transformer le livre en palimpsestes en superposant sur la page lue des informations sur les lectures précédentes de cette même page. 

Nous approchons nous du moment ou le rêve du vieux Vannevar Bush pourra être réalisé ?

Comme pour la musique, la plupart des documents imprimés sont déjà numérisés quelque part sur Internet, ou ils le seront demain. Le rêve des Ptolémée à Alexandrie est en train de se réaliser. La question n’est donc plus celle de l’accès, mais celle de nos cheminements. . Frédéric Kaplan

Eclats de lecture

Martin Lessard, se fait l’écho du livre de Christian Vandendorpe Du papyrus à l’hypertexte dans son billet La lecture en éclats. Il profite pour reprendre quelques unes des questions que posent l’écrit une fois qu’il traverse l’écran

D’un coté, nous avons le livre, avec l’auteur, le lecteur, le texte et l’organisation du codex en chapitre, paragraphes, pages. De l’autre, l’écran, le texte qui se fait hyper, et comme figures la dispersion, la fragmentation, la mosaïque, la superposition de contenus hétérogènes ou hétéroclites.

La lecture en est chamboulée non pas seulement parce que les motifs de distraction – on ne s’ arrête pas assez souvent sur cette idée curieuse : la lecture doit être sérieuse – sont nombreux. Il faut aussi prendre en compte que la lecture se mèle à l’écriture : le texte est transvasé dans d’autres espaces sociaux, indexé, sauvegardé. La lecture solitaire et silencieuse qui était la norme depuis Saint Augustin n’est plus de mise  : liens syntaxiques de
cause, d’opposition, de but, de conséquence et autres, mais aussi liens
logiques, pragmatiques et de cohérence narrative.

Pour comprendre ces changements, nous avons derrière nous l’histoire. Lorsque Gutemberg invente l’imprimerie et fait du livre un objet de masse, la quantité de savoir explose exponentiellement. Pour , Douglas S. Roberston, nous sommes dans une situation comparable à celle des contemporains de Gutemberg : nous serions sur le point de traverser une nouvelle renaissance. C’est une position intéressante, surtout si l’on prend en compte que la renaissance suppose que l’on en passe par la mort.

Nous voila donc dans des configurations qui peuvent nous sembler plus familière : le malaise dans la civilisation. Ce que la culture secrète via le réseau Christian Vandendorpe croise également d’autres questions qui nous sont tout autant familières : l’idée d’un "espace de séduction" donne a penser. Par exemple, il est possible que l’attention limitée que nous avons sur nos écrans ne soient pas due à la séduction mais à l’horreur.

Si l’on prend en compte que le papier est une de nos matières a penser, sa dématérialisation ne manquera de provoquer quelques effets. Le simple passage du codex avec ses feuillets, son dos, le recouvrement des pages au fil de la lecture a une page sur un écran qui s’affiche, disparaît et maintenant se modifie au fil des commentaires et des publicités influe sur nos pensée : ici les recouvrements, le temps qui passe avec un avant et un après, bref, l’organisation oedipienne et de l’autre… autre chose

 

A noter : le livre Du papyrus à l’hypertexte est disponible intégralement en ligne. [.pdf, 8.72 Mo]


L’aube de Neotron from videosfing on Vimeo.

 

Les bip-bip de Spoutnik I ont ouvert la porte de nouveaux univers. Il n’y a pas eu de Big Bang, ni de Grand Jour, mais une maturation lente et continue qui a conduit à ce que nous appelons aujourd’hui cyberspace, web, www ou Internet. Petit à petit, des éléments disparates se sont en place : ici un protocole de communication, là une « killer ap« , plus loin un navigateur… donnant naissance à une série d’espaces inédits. Certains ont déjà disparu (BitNet, les Mud, les BBS…) d’autres survivent, d’autres encore sont colonisés (Usenet) mais quelque soit leur situation présente, le numérique est durablement implanté dans l’espace géographique. Ces nouveaux espaces ont été rêves par plus d’un – de Tim BERNERS-LEE, Ted NELSON à Doug ENGELBART en passant par Jorge Luis BORGES , Italo CALVINO ou William GIBSON – et c’est sans doute le génie d’une époque d’avoir fait se joindre si intimement des rêves personnels avec ce qu’une culture peut offrir.

Ce sont ces espaces que Frank Beau et trente et un auteurs explorent dans Culture d’Univers. Le livre est déjà riche de textes mais il est accompagné d’un film réalisé par des étudiants de L’aube de Néotron est un documentaire de trente trois minutes présentant les grandes caractéristiques des mondes en ligne. Il a été réalisé par des étudiants de la promotion 2004 de Hetic (Aurélie Chaletet, Edouard Debrousse, Thomas Eveillau, Jean Gottar, Shimpei Matsuda). Le film est donc déjà ancien, mais il a bien résisté au temps, ce qui, dans les mondes numériques, est déjà un petit exploit en soi.

Comment se représenter Internet ? Notre objet d’étude s’il est clair lorsqu’on pose le problème de l’identité numérique ou des evocative object reste en arrière fond pour moi  un objet d’étude plus large, oscillant entre NTIC, objet technique informatique (double : un processus mathématique implémenté dans une machine, ordinateur ou n’importe quel autre support et un réseau),  objet non-humain,  culture, un mythe, espace de pouvoir,  et réalité économique.

Ces diverses représentations impliquent de multiples questions : l’objet technique et les  relations entre l’homme et le non-humain, continuum nature – artefact, téléologiques( ingénierie informatique,décision, sélection, je ne crois pas, comme Bruno Latour ,à la neutralité de l’objet technique), épistémologiques ( qu’est-ce que la pensée informatique ?), économiques (impensé), politiques( dispositif panopticum), sociologiques (entre autres éducation ), et bien entendu interrogations psychanalytiques( effets d’identité…et je cite aussi l’argument du groupe : «  Ces nouvelles variétés de liens qui n’ont jamais existé auparavant peuvent enrichir une clinique psychanalytique qu’il semble nécessaire d’élaborer » !)

D’abord c’est une technologie non pas nouvelle mais très ancienne ! pour moi parmi les nouvelles technologies en gestation, le NBIC, c’est plûtot le NBC qui va être déterminant …( mais ce présent/futur, je crois qu’il n’offre aucun intérêt direct pour le séminaire mis à part savoir qu’il existe potentiellement.) Je souscris pleinement aux propos de Yann Réponses aux questions de Télérama): « Il faut arrêter de parler de nouvelles technologies ! L’internet a bientôt 40 ans ! 14 ans si l’on prend comme date de naissance le message annonçant le web de Tim Berners Lee posté sur Usenet ! Et même le web 2.0 est basé sur des technologies qui ont déjà une dizaine d’années ! »

 Internet a donc une histoire à plusieurs dimensions mais d’abord «technique », lorsque j’évoquais cette histoire au dernier séminaire ou bien la programmation à sa base comme à celle de l’informatique en général, « très humaines » c’est à cela que je pensais. Je lisais hier dans Sloterdjik « Ni le soleil ni la mort » la phrase suivante «ce sont les ingénieurs et non les herméneuticiens qui font le monde », ingénieurs souvent au service de l’art militaire…Une « déshistoricisation » de l’objet réseau équivaudrait à valider une mythification en lieu et place d’une réflexion sur l’histoire des techniques. Le problème est d’ailleurs le même pour toutes les « machines » !

 

Pour relier l’objet « Internet » au problème du statut d’impensé du « technique » dans la culture, je pense au Mode d’existence des objets techniques : le texte de G. Simondon qui a été le premier (1958) à  réveiller les philosophes et autres penseurs contempteurs de la technique, ignorants des milieux humains et non humains!  Je cite : «  Cette étude est animée par l’intention de susciter une prise de conscience du sens des objets techniques. La culture s’est constituée en système de défense contre les techniques; or, cette défense se présente comme une défense de l’homme, supposant que les objets techniques ne contiennent pas de réalité humaine (Simondon; 1989: 9). » Simondon se penche non seulement sur la technophobie, mais aussi sur l’idolâtrie de la machine qui sont des traits de l’état de la société technologisée qui sont présentés par lui comme objectifs : «  L’évolution de la technique et de la culture à des vitesses complètement différentes crée un état de déséquilibre qui est la source de l’aliénation de l’homme. La culture se trouvant dépassée par la réalité technique a de la difficulté à assurer son rôle de médiateur et d’intégrateur entre l’homme et son milieu. sans contestation possible et de façon évidemment péjorative »

 

La culture entraînerait l’humain à adopter envers la technologie deux attitudes contradictoires: soit qu’il l’appréhende comme un simple ustensile, soit qu’il la dote d’intentions, bonnes ou mauvaises. Pour remédier à cette situation, la culture doit prendre conscience de la réalité humaine qui réside dans la réalité technique. Et cela ne peut se concrétiser qu’avec l’aide de la philosophie qui jouera son rôle d’intégrateur et de réparateur de la rupture entre la culture et la technique.

 

Pour saisir la portée philosophique de l’existence des objets techniques, Simondon propose une interprétation génétique généralisée des rapports de l’homme au monde. « Un objet technique abstrait est la traduction en matière d’un ensemble de notions et de principes scientifiques séparés les uns des autres en profondeur et rattachés seulement par leurs conséquences qui sont convergentes pour la production de l’effet recherché Cet objet technique primitif n’est pas un système naturel physique, il est la traduction physique d’un système intellectuel Pour cette raison il est une application ou un faisceau d’applications, il vient après le savoir et ne peut rien apprendre. Il ne peut être examiné inductivement comme un objet naturel car il est très précisément artificiel »

 

« L’objet technique concret c’est- à- dire évolué se rapproche du mode d’existence des objets naturels, il tend vers la cohérence interne, vers la fermeture du système des causes et des effets qui s’exerce a l’intérieur de son enceinte et de plus incorpore une partie du monde naturel qui intervient comme condition de fonctionnement et ainsi fait partie du système  des causes et des effets Cet objet en évoluant perd son caractère d’artificialité« 

 

« L’artificialité d’un objet réside dans le fait que l’homme doit intervenir pour maintenir cet objet dans l’existence en le protégeant contre le monde naturel en lui donnant un statut a part d’existence. L’artificialité n’est pas une caractéristique dénotant l’origine fabriquée de l’objet par rapport a la spontanéité productrice de la nature L’artificialité est ce qui est intérieur à l’action artificialisante de l’homme que cette action intervienne sur un objet naturel ou sur un objet entièrement fabriqué« 

 

Un animal domestique est donc un objet vivant construit ! Simondon appelle concrétisation technique le processus par lequel « l’objet primitivement artificiel « l’objet technique abstrait donc « devient de plus en plus semblable à l’objet naturel. Cet objet avait besoin au début d’un milieu régulateur le labo, l’atelier l’usine, peu a peu il gagne en concrétisation il devient capable de se passer du milieu artificiel car sa cohérence interne s’accroit, sa systématique fonctionnelle se ferme en s’organisant. ..C’est sa relation aux autres objets techniques ou naturels qui devient régulatrice et permet l’auto -entretien des conditions du fonctionnement. Cet objet n’est plus isolé ,il s’associera d’autres objets ou se suffit à lui même alors qu’au début, il était isolé et hétéronome

 

On aurait : trois types de milieux, trois types d’objets construits(vivants ou non vivants).avec

 

  • milieu régulateur (labo, atelier prototype, objet expérimental) que Simondon appelle objet technique abstrait
  • milieu associé objet technique proprement dit qui tout concret qu’il soit nécessite toujours une activité de contrôle humain sur le milieu associé.
  • milieu extérieur naturel on aurait l’objet vivant construit pour lequel milieu associé et milieu extérieur naturel seraient une seule et même réalité

Dans le même sens, B.Latour dans La politique de la nature propose aussi d’offrir aux non-humains une participation démocratique !

J’en tire plusieurs conséquences :

o   Toute étude de cet objet requiert, il me semble, d’intégrer le point de vue très concret des visées technologiques de l’ingénieur : décision, sélection. La visée téléologique est évidente par exemple dans les OGM, chaque « bricolage génétique » est une sélection opérative (éliminer tel parasite etc…)Il est tellement facile de « naturaliser » l’objet technique qu’on tombe dans l’illusion du Deus ex machina !

o   La prise en compte de la création intellectuelle du génie logiciel, du système, du réseau…de la visée intégrative progressive de tous les savoirs et savoir faire humains dans des progiciels logiciels et autres serveurs me semblent indispensables au moins en arrière fond de toute étude  d’un objet web ou jeu vidéo…. La référence à une véritable épistémologie de l’informatique présentant les métaprescriptions qui régissent les différents domaines et applications. (quels textes ? qui les écrit ? des philosophes ? des scientifiques ?)

o   La grande révolution m’est-elle pas celle du savoir, la disparition de tout « métier » (exemple le problème du journalisme) et donc du politico-économique et non celle de la communication ?

Est-ce qu’on aurait par là des garde fous pour ne pas sombrer dans le piège d’une pensée magique technophile ou technophobe ?Comme le rappelle M.Puech (Homotechnologicus) la technique n’est ni bonne ni mauvaise ni neutre  En fait seule la réflexion sur cet objet devrait l’être !

D’autre part, Internet peut –il être étudié comme dispositif panopticuum, dispositif économique, avec les impacts sociaux (et identitaires) qui en résultent. Ce dernier point de vue me semble indispensable lorsqu’on aborde des descriptions comme celles de Marc Prensky ou des concepts comme digital natives ou digital migrant….Le problème d’Internet comme dispositif technoscientifique induisant l’universalisation d’une économie de l’information, de l’opinion avec son support technicopolitique : la traçabilité des identités et des comportements. Ici encore, j’adhère pleinement aux propos de YL répondant aux questions de Telerama « Comme dispositif, Internet n’échappe pas à la question du pouvoir. Il est la continuation de la lente intériorisation des dispositifs de surveillance telle que la décrit Foucault dans Surveiller et Punir. Mais au panoptique vertical de Bentham, Internet substitue un panoptique horizontal et généralisé : chacun surveille son voisin. Autre différence, là ou le panoptique se donnait a voir comme dispositif de surveillance et de punition, Internet, surtout dans sa version web 2.0, se présente sous des aspects bien plus séducteurs. Mais un pouvoir, même séducteur, reste un pouvoir. La question, pour moi, n’est pas celle d’un rapport au virtuel, mais d’un rapport au pouvoir. Google, avec les informations de santé publique que recèle ses serveurs détient un pouvoir. Qu’allons nous en faire ? Qu’allons nous faire de la montée des nouvelles puissances comme Google, Youtube, Facebook et le déclin de nos Etats dans les sphères de l’éducation et de la santé ? »

Comme B.Stiegler, je ne crois ni au virtuel ni à l’immatériel, au contraire il s’agit d’hypermatérialisation, et le virtuel est un leurre : « la transformation de tout en informations en états de matière par l’intermédiaire de matériels et d’appareils contrôlables. »Ce n’est pas parce qu’on ne voit pas les câbles qu’ils n’existent pas ! De la même façon une activité de mon cerveau va être matérialisée dans un enregistrement numérique. Pour B. Stiegler ces « dispositifs hypermatériels permettent de développer ce que l’on pourrait appeler les technologies d’un psychopouvoir sans équivalent dans l’histoire »[1]Si l’on s’attache à l’inédit de ce qui nous modifie, on ne peut pas ne pas s’attacher à l’inédit du dispositif, en particulier autour de l’iden

Pour conclure, je crois que je dois être comme l’écrit Sloterdjick une « boarder liner » de l’humanisme à toujours chercher des a priori du « sens » là où il faut se laisser guider  d’abord par la pratique….

 


[1] Economie de l’hypermaté&riel et psychopouvoir »B.Stiegler

En contrepoint du texte « logique des réseaux, le réseau et le soi » in «  Homo Sapiens Technologicus »de Michel Puech. 

La psychanalyse nous montre l’importance de la fonction de tiers. Dans la relation fusionnelle de la mère à son enfant, le père intervient dans une place tierce qui permettra à l’infans de sortir de la dyade qu’il construit avec sa mère. Toutes les fonctions humaines s’articulent autour de ce schéma que Freud a élaboré à partir du mythe d’ Œdipe.

La tierceïté, condition essentiellement humaine, est la pierre angulaire de tous les processus de symbolisation et de culture. Cette condition se trouve fortement interrogée par les technologies informatiques qui révolutionnent tous les domaines de la pensée et de la culture qui jusqu’à présent s’appréhendaient sur un mode « diachronique ». Le commerce s’est développé comme une articulation entre un système de production et un système de diffusion. Hermès, le messager des dieux est aussi le dieu du commerce.

On retrouve l’importance des figures des messagers dans toutes les cultures. Les anges, l’archange annonciateur Gabriel, la vierge Marie, Mahomet le prophète sont des personnages dont la fonction est d’établir un trait d’union entre les dieux et les humains. Même Dieu le père a envoyé son fils pour délivrer son message. Les cultures se sont construites sur l’impérieuse nécessité de ces figures d’intercession. Tout ne peut se passer, ni dans le même temps, ni sur le même plan. Il y a une nécessité de différenciation, de discrimination qui définissent des entités séparées.

Effet, cause, interaction ou émergence simultanée, il semble s’opérer aujourd’hui un réel changement  dans les modes de fonctionnement liés à la pratique du réseau qui tendent à réduire la place des fonctions tierces. Comme si les opérations analogiques cédaient le pas aux opérations digitales.

Si le web n’est pas l’unique artisan de ce mouvement binaire, probablement y prend-il part.

Aujourd’hui une partie des échanges humains dépend d’une pratique du réseau dont le mode de fonctionnement ne répond plus aux repères ancestraux. Comment allons nous vivre cela ?

 » Jusqu’à présent, l’opinion était toujours médiatisée par la presse ou les sondages. Internet, c’est l’opinion immédiate. Ce n’est pas un media, c’est une forme sociale« . (Pierre Rosanvallon in Libé du 31 Janvier 2009.)

Le réseau modifie la notion de médiation, abolit les hiérarchies entre les savoirs, et favorise l’autogestion des rapports humains.

Sa pratique nous offre de grandes satisfactions. L’immédiateté des échanges par mail induit de nouvelles attentes, nouvelles exigences, mais également des positions psychiques modifiées dans la mesure même où le facteur temps ne permet plus la  même distance. Ces nouvelles donnes par exemple rendent la pratique de l’humour beaucoup plus délicat et a nécessité l’invention des smiley.

Les réseaux sociaux sur lesquels on peut consigner, au vu d’un grand nombre, chacun de ses mouvements affectifs permettent de s’assurer un lectorat arborescent, l’intimité se livre et les réactions émotives et affectives se vivent d’une façon frontale qui peut verser dans une logique d’emprise et d’intrusion. La notion d’intimité est appelée à se redéfinir, celle de responsabilité aussi dans ce monde où le pseudo est la règle et où voir sans être vu est l’habitude.

On pourrait croire que ce modèle de « démocratie électronique » (Puech) est porteur d’une plus grande liberté, dans la mesure où la disparition des intermédiaires peut nous libérer d’un excès de bureaucratie et nous placer, tous, à un niveau d’égalité.

Cependant l’accès à l’information, s’il est pour le moins pléthorique nécessite, pour ne pas se perdre, une solide structuration des  idées et peut tendre à  renforcer des inégalités culturelles.

De même la disparition progressive des passeurs que sont les journalistes n’accentue-t-il pas les inégalités sociales?

On pourrait également s’interroger sur les conséquences des pratiques du piratage artistique proposé par les plates-formes « peer to peer ». Si elles affaiblissent les riches structures d’édition classiques, leurs effets ne renforcent-ils pas la culture des extrêmes en marginalisant l’émergence des nouvelles créations plus fragiles ?

Ainsi cette « désintermédiation » (Puech), c’est-à-dire la disparition des intermédiaires ancestraux, peut favoriser des modes de fonctionnement binaires et s’avérer potentiellement délétère.

 J’aime lire les analyses des journalistes de Libé et du Monde, journaux qui sont appelés à disparaître au profit des gratuits qui relaient sans aucune distance les dépêches de l’AFP.

J’aime l’idée, non rentable, qu’une société puisse permettre à ses intermittents du spectacle de vivre, en étant, momentanément dans un clair-obscur.

La disparition des tiers tend à favoriser le développement d’une pensée ultralibérale avec un renforcement des extrêmes au détriment des chemins buissonniers.

La démocratie athénienne faisait sa vérité de la pluralité des opinions et gouvernait donc dans une position « méso ». Il était fait à chaque homme l’obligation et la responsabilité de parler et de prendre parti (parrhésia). Sinon il était exclu de ses droits civiques.

Restons vigilants à l’exigence humaine d’Eschyle « ni esclave, ni sujet d’un autre homme ».

Jean-Baptiste Roux

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La course à l’infiniment petit : ce texte anonyme nous en dépeint les inquiétudes qui s’y rattachent, mais aussi les rivalités qui s’y développent. Nous est donc présenté le conflit entre l’ingénieur E. Dexler et le chimiste R Smalley (prix Nobel 1996). Le premier propose la méthode Bottom up (qui consiste à pratiquer toutes les combinaisons possibles au niveau atomique en vue de construire des nano robots programmables tels des « assembleurs moléculaires », et voir ce qu’il en ressort), tout en prenant en considérations les aspects éthiques de cette avancée. Le second minimise les risques d’autoréplication sauvage de ces assembleurs moléculaires, ironisant même sur la question, pour y voir une libération des maux la société.

Il ne s’agit donc plus de remettre en question l’existence des nanotechnologies au regard de ce texte, ou encore au travers du projet Nanobio du CEA de Grenoble ; il ne s’agit pas non plus de fantasmer un état des lieux catastrophique où l’invention nous échapperait. Cependant, on peut soupçonner une avancée potentielle des connaissances si l’on considère l’investissement énorme (notamment aux USA) fait autour de ces nouvelles technologies, même si elles ne sont pas encore mises à disposition du grand public.
Puisque notre démarche est d’articuler ces aspects à la psychanalyse, ce texte nous amène à une première interrogation : « Comment psychiser les nano robots ? »
Dans une application médicale, le lien avec les patients porteurs de prothèses se fait spontanément. Dès lors, le travail psychique autour de la différenciation soi/ non soi se trame, le corps étranger étant alors porteur d’un imaginaire de l’androïde.
Le corps occupe une place tout à fait importante dans la construction identitaire, puisque se penser passe par la psychisation du corps (P. Aulagnier). Sachant qu’une représentation du corps est nécessairement contextualisée historiquement, on peut se faire la réflexion qu’une évolution de nos connaissances anatomiques (entre autres), aurait une influence sur nos projections. D’après les diverses expériences cliniques, il semble que cela affecte peu la structure des fantasmes (ou délires) en raison d’un investissement du corps érotique (relation au corps de l’autre et corps social), et non du corps anatomique.
Ceci nous amène à questionner la place de la psyché : « Qu’est-ce que l’identité d’un point de vue psychique ? Est-ce qu’avec les nanotechnologies la relation à l’autre et le narcissisme vont changer ? Cela va-t-il entrainer un repositionnement de la psychanalyse ? »
On constate que l’infiniment petit est porteur d’imaginaire et de peurs, incarnés par les nano robots en cela qu’ils ne sont pas vivants tout en mimant le vivant. Ces créations nous conduiront à de probables bouleversements dans la distinction du vivant/ non vivant, phénomène qu’on retrouve dans bien des domaines aujourd’hui. En biologie on observe des changements taxonomiques du règne végétal au minéral et du végétal à l’animal, en psychopathologie avec la catégorie  d’ « état limite » ou borderline on fait aveu d’une insatisfaction des définitions passées pour rendre compte de la complexité des individus, enfin, en soin médico-légal la définition de mort clinique est progressivement remise en question par les cas de NDE (Near Death Experience) qui ont amené des chercheurs à enregistrée l’EEG pendant les opérations et après alors que la réanimation a échoué.
Cette réflexion épistémologique quant à le « légitimité » des catégories a déjà été menée par I. Hacking dans son ouvrage l’Ame pré-écrite, où il analyse et critique l’évolution des catégorisations des maladies mentales au cours de l’histoire.
En bref, les nanotechnologies tout comme les réflexions qu’on peut faire sur la construction de nos classifications nous poussent à accepter la redéfinition perpétuelle de nos concepts et de nos cadres théoriques.
Cette question des définitions conduit à la notion de construction du réel, mais penser le réel renvoie à un débat philosophique qu’il serait prétentieux de résumer en quelques lignes. Notons simplement l’affrontement entre le réalisme qui postule qu’on atteint la réalité par nos concepts (donc la réalité est préalable à la pensée), et le constructivisme social qui postule qu’on construit le réel par nos concepts (donc pas de réalité préalable à la pensée), en relation avec la fonction performative du langage développée par Austin.

Réunion de rentrée pour le groupe de travail Internet, psychanalyse et culture avec au programme

L’utopie de Thomas More

La conférence de Clarisse Herrendschmidt

Kevin Warwick, premier cyborg

 

L’utopie de Thomas More

Thomas More (1478 – 1535) nous a laissé un essai politique dans lequel il invente le mot « utopie« . Ce lieu qui n’est nulle part (u topos) est aussi le lieu du bonheur (eu topos), contrepoint à la société tudorienne que Thomas More observe et dénonce. Fine intelligence, il a fait des études de droit et participe à la vie politique de l’angleterre. Il devient Ministre d’Henri VIII ce qui lui vaudra finalement d’être guillotiné pour s’être opposé au roi qui entrainait l’église anglicane dansun schisme pour pouvoir épouser en secondes noces Anne Boleyin

L’u/eu topie de Thomas More  marquera profondément la pensée occidentale. On en trouve des traces dans le phalanstère de Fourrier ou les reflexions d’un Michel Foucault sur l’hétérotopie. Il faut dire que la question est d’importance : comment faire le bonheur des hommes ? Comment organiser leurs vies, leurs sociétés pour réduire les maux dont collectivement et individuellement ils souffrent ?

Entre Thomas More et Foucault, il y a le Malaise de la civilisation de Sigmund Freud [texte original] [article wikipédia] : des trois menaces du Moi, l’autre est sans doute la plus pénible et la plus difficilement évitable. Aussi, ce n’est plus tellement la question du bonheur qui oriente les travaux sur l’utopie, mais celle des espaces, de leurs usages, et de ce qu’ils révèlent de nos sociétés.

 

La conférence de Clarisse Herrendschmidt

Clarissse Herrendschmidt a donné il y a quelques mois à Bordeaux une conférence intitulée Demain l’écriture. Son propos est de monter que le fait que nous confions toutes nos écritures à un même dispositif n’est pas sans effets dans la culture . L’ordinateur est ce dispositif qui permet d’écrire les signes des langues, les images fixes et mobiles, la musique et les voix et la manie. Nous sommes donc de plus en plus amenés à être reliés par des objets qui ont du langage entre eux, c’est à dire que nous sommes amenés a déléguer de plus en plus à des machines ce qui, dans la culture, était considéré comme étant le propre de l’ homme : le langage.

 

Kevin Warwick

Kevin Warwick est le premier cyborg autoproclamé. Il se livre depuis 1998 à des expériences d’implantation de puces électroniques. Ces expériences sont très controversées : on lui reproche d’ aimer un peu trop les micros et les plateaux de télévision. Quelque soit la part de spectacle de ses opérations, il n’empeche qu’elles posent spectaculairement la question de l’articulation de l’humain avec ce qui n’est pas humain.

Une première discussion sur un plan technique concerna nos difficultés à mettre tel ou tel article ou de la vidéo sur notre blog. Comment ne pas perdre trop de temps avec l’informatique ? Certains demandent de plus en plus d’automatisation ; d’autres s’attachent à un minimum de compréhension (parfois de codage) pour pouvoir « utiliser » la machine, garder un espace de symbolisation propre à notre rapport avec une telle « machine ».

Ensuite ce fut les 2 textes très polémiques de Marc Prensky : « Digital Natives, Digital Immigrants » et « Do they really think differently? » qui engagèrent nos réflexions.

traduction 1
traduction 2

Articles originaux 1 et 2 (pdf)

site de Marc Prensky

Il y a déjà plusieurs faits qui sont imbriqués – C’est un texte qui fut reçu et investi comme l’évangile de la « Y » génération qui a grandi avec Yahoo et le réseau (ils ont entre 18 et 30 ans). C’est un certain type de relation avec soi-même et les autres qui est ainsi revendiquée. C’est un fait de société, surtout aux USA et au Canada, ce rapport au réseau, aux jeux, à l’hypertexte, qui concerne les plus jeunes.

Les enfants sont attirés, fascinés par ces produits qu’ils choisissent eux-mêmes, qu’ils « connaissent » mieux que les adultes, qu’ils adoptent souvent en dehors de leurs regards, dans une sorte d’affranchissement culturel, ou de contre-culture très « teen » qui correspond aux profits d’un capitalisme très libéral.

On peut voir dans ce texte une confusion entre pédagogie et apprentissage, les enfants en sauraient plus que les parents ! Ceci est une vielle question et mérite attention. Nous pourrions tout aussi bien retrouver ici, les mythes du bon sauvage, l’intelligence « innée » de l’esclave dans le Gorgias de Platon, etc…

Le jeu, l’interactivité proche du monde de l’enfance et des interactions précoces permettent à une sorte d’intelligence de se déployer avec l’informatique. Comme si l’enfant souffrait moins d’inhibition pour entrer dans une sorte de communication intuitive avec l’ordi. Cela présenterait-il un danger ? Est-ce un fonctionnement propre à l’enfant ou s’agirait-il d’une rupture générationnelle telle que Prensky le soutient de façon véhémente. On se demande bien quel est l’intérêt de soutenir cette idée qu’avec les « natives » : notre éducation « classique » est vouée dorénavant à l’échec ?

Comme si l’éducation n’était pour Prensky que des contenus d’informations – faudrait-il dire que ce n’est pas dans l’air du temps, d’en rabattre sur le conjoncturel, le social, le sujet, les manipulations et aliénations collectives, les phénomènes de mimétismes et d’identifications pour ceux qui se donne du baume au cœur en chantant l’ère nouvelle (la crainte de la dépression économique n’est jamais loin).

Donc il sera plutôt question de plasticité neuronale, de l’auto-organisation du système nerveux central, de sciences un peu « dures » pour arguer que la nouvelle langue des « natives » ne sera jamais stockée à l’endroit de l’ancienne langue des «immigrants ».

Au diable les cours magistraux de Deleuze et Roland Barthes, ça n’accroche plus les « natives » qui aiment apprendre en jouant. Nous trouvons des universités dans « second life » où les rôles sont finalement interchangeables. Le rapport d’autorité (à distinguer de celui de pouvoir) est alors complètement transformé.

C’est une question bien difficile ce rapport du jeu à la créativité, à l’autre, à la société et à la culture. Les espaces n’étant plus normés, nous ne pouvions que nous référer à des échelles de comportement. La question de la rapidité de la pensée qui peut être ici remarquée et valorisée, peut tout aussi bien déboucher sur une fuite maniaque.

Tout l’article s’appuie sur un comportementalisme qui consacre le rapport à l’autre, à la société, au jeu, au futur comme un lien de dépendance de type addiction, grâce à une pensée efficace mais essentiellement opératoire. Les addictions sont-elles de nouveaux symptômes au sens psychanalytique ou bien sont-elles une manière de réduire le symptôme à un comportement en fonction d’une ambiance et d’une écoute sociale ?

Les liens de l’individualité à l’autonomie sont remis en question dans ces modes de dépendances au groupe et à la machine.

Il semble que les jeux, dont il s’agit, sont pris dans une ambiguïté entre le « playing » et le « gaming » (cf. Winnicott) ; ce qui n’est pas sans conséquence sur le type d’apprentissage et de dépendances qu’ils produisent.

C’est comme si on laissait les enfants grandir avec les machines en se donnant bonne conscience, alors qu’en fait, ils grandissent seuls avec quelques avatars et quelques autres vaguement distincts.

Ça me fait penser à l’article de Freud sur la psychologie du lycéen où il évoque le lien transférentiel fondateur qui l’a lié à ses professeurs et qu’il se rappelle au soir de sa vie. Lors des relations pédagogiques selon Prensky nous penserions à des sortes de relations fusionnelles aux autorités indistincts, donc forcément déplacées sur une pratique de la « machine ».

Prochaine réunion 11 septembre

Lecture dans « jeu et réalité » (Winnicott) de : la créativité et ses origines – p 91 à 119.

Idée de lecture de vacances :
- L’utopie de Thomas More

– Signatura rerum, sur la méthode de Giorgio Agamben

- Pour une politique de civilisation d’Edgar Morin

Anne-Marie attire notre attention sur l’argument de notre groupe de travail tel qu’il est présenté sur le site. Il y a une hésitation entre hypothèse et postulat, entre affirmation que les N.T.I.C. changent l’homme et un questionnement sur la réalité de cette assertion.

Autre question: la cohérence dans l’enchaînement des publications sur le blog. Si les textes sont disjoints cela traduit une utilisation spécifique de cet outil : notre blog n’est pas un produit public fini comme pourrait l’être un livre, mais plus un bloc-note qui trace en pointillé le parcours de nos réflexions. Ceci dit est-on seul à décider? Je pense que la question que pose Anne-Marie sur l’opportunité de laisser ou non son texte est une question adressée au groupe. Pour ma part je pense qu’il a sa place , peut-être plus que la video sur la modification des écrans, qui n’est pas une réflexion. Peut-être qu’une élaboration ( la symbolisation chère à Yann) pourrait être une contrainte de publication?

Nous avons ensuite échangé sur « Règles pour le parc humain », texte polémique de Peter Sloterdijk publié en 1999. Ce texte en forme de réponse à la  « Lettre sur l’humanisme » qu’écrivit Heidegger au lendemain de la guerre de 39-45 qui s’interrogeait : comment redonner un sens au mot  « humanisme » ? La thèse défendue est la suivante :  » la littérature, la correspondance et l’idéologie humaniste n’influencent plus aujourd’hui que marginalement les méga-sociétés modernes dans la production du lien politico-culturel. ». Thèse provocatrice  pour un courant consensuel quasi unanime des philosophes humanistes et particulièrement en Allemagne, dans le sillage de Habermas. Sloterdijk pose des questions devenues tabou depuis les horreurs de la Schoah ;

« la thèse de l’homme comme éleveur d’homme fait éclater l’horizon humaniste » dit-il  «  Le sujet de la domestication de l’homme est le grand impensé dont l’humanisme depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours n’a jamais tenu compte. »

A partir donc du texte de Heidegger, mais aussi du Zarathoustra de Nietzche et du Politique de Platon, Sloterdijk  ouvre des questions qui concernent l’humanité par le biais de l’espèce.

A n’en pas douter l’homme est à un tournant technologique; Sloterdijk,  dans un autre texte, se moque des sociétés consensuelles actuelles sans risques qui privent l’homme de toute confrontation avec son destin. Il y a là une nouvelle façon de penser l’homme dans nos sociétés mondialisées.

Tout ce qui est techniquement possible se réalisant, il paraît urgent  d’ apprendre à penser l’ «anthropotechnique » (clonage, eugénisme etc). avant que l’économie nous mette devant le fait accompli.

Ces questions-là ont bien sur des résonances psychanalytiques : quelle place pour le sujet, le moi, le je, le désir, dans ce nouveau parc humain ? Jusqu’où les fondements actuels de ce qui constitue encore l’humain résisteront-ils? Entendons le cri d’alerte des philosophes !

 

 

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