Nous voilà face à un texte à peu près équivalent à celui de Marc Prensky [Digital natives, digital immigrants ] , excepté la qualité d’écriture et la sobriété du « philosophe »…
Thème : l’enseignement d’aujourd’hui et les Petits (Poucette et Poucet) autrement dit Digital natives et âge de la pierre
Thèse : la mutation de l’humain (diachronite aigue)
Développement:
1-la crevasse et le nouvel humain (idem chez Prensky)
2-la rupture historique, la révolution du savoir (plus large que chez Prensky centré sur le
numérique)
3-l’enseignement comme âge de pierre (=Prensky )
4-mettre les dinosaures à la retraite (plus élégamment dit que chez Prensky)
5-les coupables (philosophes) ( ah! un nouveau bouc émissaire !)
Petit copié/collé illustratif :
Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace. C’est une crevasse si large et si évidente….”
Rarissimes dans l’histoire, ces transformations, que j’appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l’ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l’aurore de la science grecque, au début de l’ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance./Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus.Ce changement si décisif de l’enseignement – changement répercuté sur l’espace entier de la société mondiale et l’ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l’enseignement seulement, mais
aussi le travail, les entreprises, la santé, le droit et la politique, bref, l’ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.
Probablement, parce que ceux qui traînent, dans la transition entre les derniers états, n’ont pas encore pris leur retraite, alors qu’ils diligentent les réformes, selon des modèles depuis longtemps effacés. Enseignant pendant un demi-siècle sous à peu près toutes les latitudes du monde, où cette crevasse s’ouvre
aussi largement que dans mon propre pays, j’ai subi, j’ai souffert ces réformes-là comme des emplâtres sur des jambes de bois, des rapetassages ; or les emplâtres endommagent le tibia, même artificiel : les rapetassages déchirent encore plus le tissu qu’ils cherchent à consolider
Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? Je crains d’en accuser les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d’anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils n’entendirent pas venir le contemporain.
Si j’avais eu à croquer le portrait des adultes, dont je suis, ce profil eût été moins flatteur.
Ce texte, comporte pour moi, (pardonnez cette impertinence !) le même défaut que celui de Prensky : l’ hypostase…
Première hypostase : Qui sont ces Petits auxquels on enseigne, ces enseignants (vieux), ces philosophes? De quoi et de qui Michel Serres parle-t-il ? De la fille d’une de mes amies qui est inscrite à Sciences Po Paris par exemple, des élèves des classes prépa à Montaigne ( qui réclamaient des livres à lire, des cours supplémentaires à une autre amie enseignante l’an dernier)ou du décrocheur moyen de Seine Saint Denis? Selon le cas, élite ou masse, la compétence linguistique, l’usage et la place de ces technologies qui impressionnent tant notre bon philosophe ne sont pas les mêmes…La fameuse « crevasse » à mon avis n’est pas entre l’avec ou sans Ipad , l’avec ou sans
Wikipédia, mais entre les « héritiers » et les autres…L’élite aura toujours accès à l’héritage, à la mémoire et à l’histoire.
Le vrai changement c’est que désormais la masse soit convaincue que le problème de l’ « accès » au « savoir » est résolu par la technologie. Plus besoin de Bourdieu…Exit le politique…Incroyable tour de passe passe de la persuasion marchande : pour 500 euros tout le savoir dans votre poche et bientôt sur la rfid…
Seconde hypostase : la révolution, la rupture, la transformation magique du monde! J’ai l’impression en lisant ces textes d’entendre les ratiocinations des années 70 avec le premier pas sur la lune « Ma bonne dame, c’est la fin du monde ! »). Rien n’arrive ex nihilo, le casque virtuel était au point en 1966 etc…L’important, à mon avis , c’est plutôt de comprendre les liens, les enchaînements, les intentions , la multiplicité des facteurs. Psalmodier la rupture n’apporte rien. Passer d’une logique de la crevasse à une logique de la fissure, soyons un peu « chinois » et considérons que le réel est un procès continu, interaction de facteurs…
Troisième hypostase : les vieux « qui concoctent les réformes et n’ont pas pris leur retraite ». Comme les autres, c’est un cache misère . Supposer que c’est l’âge de Darcos, de Chatel ou des conseillers qui sont derrière eux, qui explique l’absence de réforme, c’est vraiment faire preuve d’une très courte vue…
L’absence de réforme a une seule cause : économique !Quel ministre pourrait décider de l’adaptation d’horaires à la carte, de la création de petits groupes d’élèves (au dessus de 14 , l’enseignement n’a pas d’efficacité) , de l’informatisation totale des établissements (salles de pilotage informatique
postes reliés à celui de l’enseignant qui depuis son propre poste peut intervenir sur le travail de chacun, coût 10000 euros + maintenance technicien), de la création d’activités périscolaires?
Par conséquent, la seule solution rationnelle (du point de vue ultra libéral ) est de « laisser faire laisser pourrir » afin que le système s’auto-détruise. L’élite a toujours trouvé le chemin de l’école privée où les conditions d’enseignement sont une garantie contre le décrochage scolaire…Dans ce cas deux boucs émissaires :les syndicats et les vieux enseignants…
Quatrième hypostase : le jeune comme alien. « Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace. »
Bien sûr, mais ses parents et son prof aussi! Par exemple , il suffit de passer un quart d’heure dans une salle des profs pour savoir que Ryanair a fait du Radjastan, du Tibet, de Sanghai , de New York la banlieue de Bordeaux…Le même enseignant dans les années 70 préparait son van pour deux mois
de voyage en Afganistan…Est-ce que le prof n’a pas de GPS dans sa voiture ? Continue-t-il à la carte Michelin ? Quant à la nature , la forêt des Landes a été créée au 19ème siècle, ça changeait rudement avec avant….Et inversement, le jeune surfeur d’Hossegor en 2011 a-t-il une vision du monde si différente
de celui des années 70?
Comme Prensky , Serres pense que la discrimination est un mode de pensée performant…. Quant au mea culpa du philosophe…Pour le coup , Serres se croit à Athènes du temps de Platon et du philosophe roi à moins qu’il ne se prenne pour Voltaire ?…
L’origine du monde. Lacan aimait ce tableau de Gustave Courbet et il en avait fait l’acquisition. L’art numérique s’ouvre sur une autre version de l’œuvre numérique. Elle est instantanément reconnaissable, et pourtant, elle est différente.
