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Échanges
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Septembre 2005
Ce mois ci les échanges ont tourné autour des blogs et de leurs effets d'immédiateté.
http://inconscient.net/les_blogs_et_la_psychanalyse.htm
Je trouve que ces blogs sont des objets vraiment curieux. Ils sont curieux, parce qu'ils sont récents - la première utilisation recensée du terme "weblog" date de décembre 1997, "blog" d'avril ou mai 1999, et la pratique consistant à publier , maintenir, mettre à jour régulièrement un contenu sur Internet, de 1990. C'est donc un domaine jeune et dynamique, et qui a tendance à prendre des allures de conquérant ou de colonisateur. Carnet intime de l'adolescent, portfolio, carnet devoyage, gueuloir, miroir, campagne de presse, le blog épouse toutes les formes, toutes les causes. Tout peut être sujet de blog et de plus en plus souvent, sur le web, un bouton « Blog this ! » invite à faire de tout et de rien un sujet de blog.
Il y a une sorte d'effervescence autour du blog qui semble inquiéter les bloggers eux-mêmes. On le sent dans le travail de mise en forme que quelques uns font autour de leur histoire, en se donnant ainsi tout à la fois des repères, des mythes fondateurs et une ascendance plus ou moins prestigieuse. Ce travail se fait aussi autour du sens à donner à leur pratiques et des différence à faire avec des domaines qui leur sont contigus (les wikis, les forums). Les concepts utilisés sont alors pour la plupart issus de la sociologie ou de la psychosociologie et, jusqu'à présent, peu autour de la psychanalyse.
Comme il a été dit, il y a dans le blog quelque chose d'antinomique. D'abord une antinomie entre le privé et le public. Ou plus exactement, des frontières qui deviennent floues, poreuses entre ces deux espaces qui non seulement, dans notre culture, sont séparés, mais dont la séparation est pensée comme contribuant à la construction de la personne. Ce flou, on le voit à propos de ces adolescents qui ont payé d'une exclusion scolaire des propos un peu vifs. Internet offre entre l'intimité des pensées et l'espace publique un espace dont la qualification n'est pas encore tout à fait construite. Le fait de ne pas y être "en personne", "en corps", d'avoir sa parole médiatisée par un environnement technique et logiciel pose d'emblée les questions de savoir : "qui parle?" et "qui écoute?"
"Ouvert" sur les pensées du rédacteur, le blog l'est aussi aux commentaires des visiteurs. Cela ouvre un second espace de conflictualisation - le mot est sans doute avancé un peu vite, car il ne me semble pas que la possibilité donnée aux visiteurs de laisser trace de leur passage soit à coup sûr une invite à mettre en tension différents points de vue. J'ai plutôt tendance à penser cela comme une figuration du "tout le monde peut écrire" qui semble fonctionner comme une loi de l'Internet, et donc un mouvement tendant à réduire les différences entre les internautes. C'est là un fantasme - narcissique, il me semble - qui fonctionne à plein. Si vous avez un site internet, et que vous voulez le "dynamiser", il faut donner la main aux internautes : qu'ils puissent modifier l'apparence du site, ajouter des commentaires, discuter entre eux. En un mot, qu'ils puissent faire - ou imaginer faire - au moins autant que vous. Mais la différence est difficile à tuer - fort heureusement !. Et on trouve maintenant des backend users et des frontend users, c'est à dire que le site se présente de plus en plus comme une scène de théatre, avec des gens des coulisses, et des spectateurs qui interagissent avec ce qu'ils voient/créent.
C'est, à mon avis, ce mouvement vu/créer qui rend la navigation sur le net si intéressante. Peut-être vais-je un peu vite, mais je pense qu'elle renvoie directement à la situation du nourrisson telle que nous la décrit Winnicott - voilà, j'aurai réussi à écrire 20 lignes sur Internet avant de tomber sur l'espace transitionnel ! L'internaute serait alors un nourrisson qui se hausse à la hauteur des parents. Il est de part et d'autre de la scène. Il est celui qui donne à lire les idées qui bouillonnent et qui cherchent un espace où être représentées. C'est alors le blog qui fonctionne comme une ardoise magique, avec cette différence de taille qu'elle garde tout en mémoire - il n'y a donc plus cette tension entre la perception et la mémoire.
Le blog, comme tout l'Internet, est un médium malléable. Informe, insaisissable, indestructible, transformabilité infinie, sensibilité extrême, prévisible, non transformable, identité paradoxale, et auto animé : telles sont les caractéristiques que Roussillon donne à l'objet malléable. Il me semble qu'elles correspondent tout à fait à l'Internet, ou à des portions de l'Internet et que pour certaines zones, on peut y ajouter la curieuse propriété de retourner dans le temps. Ainsi, on peut lire les préoccupations actuelles du blogger, mais aussi ses préoccupations passées. Côté "visiteur", la possibilité de laisser un commentaire permet d'être un peu comme le blogger : lui aussi, finalement, peut réaliser cet exploit de laisser une trace qui sera visible de tous !
On voit là comment les fantasmes, des plus œdipiens aux plus narcissiques, peuvent s'accrocher aux blog. Et on comprend mieux pourquoi un carnet intime se doit d'être lu par d'autres. Le bouillonnement de la pensée, dans ce qu'il peut avoir de plus angoissant, trouve un destinataire - oserai je dire : une adresse ? - chez les visiteurs. Hélas, ou heureusement (?), tous les visiteurs ne sont pas animés de bonnes intentions, c'est à dire que les commentaires ont leur vie propre et peuvent entrer en conflit, en rivalité avec le texte-racine, et le détruire.
Il me semble la principale caractéristique du blog est d'être un espace de dépot. Quelque chose est mis là, en attente d'une reprise, que ce soit par le bloggeur lui même ou par ses visiteurs. Cette reprise peut donner au dépot des destins qui vont des différentes figures du secret (la réserve, la crypte..., et ce sont les "blackblogs") à différentes potentialisations symboliques (la prise de conscience, la découverte... et ce sont les blogs, plus ou moins privés, permettant plus ou moins de commentaires). Certes, on trouve cette fonction de dépot dans tous les lieux d'écriture, que ce soit sur le net ou ailleurs.
Mais le blog ouvre de nouvelles perspectives du fait de son support. Le système de publication permet d'être en contact, rapidement, avec le résultat de ses pensées, et les réactions d'autrui. Si la pensée s'appuie sur un "bloc note magique" pour se produire, le blog est une sorte de bloc-note magique matérialisé / dématérialisé. Il est matérialisé parce qu'il est "en dehors" de celui qui l'utilise. Il a une réalité "en soi", on peut imprimer le blog, faire des liens vers lui etc. Il est dématérialisé au sens où il est produit par des disposifs qui le mettent hors de portée de toute main-mise. Ce sur quoi on peut mettre la main doit être auparavant traduit par une instrument (l'imprimante). Le blog est un lieu de stockage dans un ailleurs. Là encore, ce sont, pour moi, les caractéristiques de l'internet qui l'emportent et j'avoue que j'ai du mal à différencier les différents dispositifs du net (les forums, les wikis, les chats etc.) Un travail a faire - il est en cours - est d'explorer l'Internet en référant (arrimant ?) les processus qui s'y produisent du point de vue des dispositfs, des cadres et de l'espace dans lesquels ils se déroulent.
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blagblog : J'utilise quant à moi le mot blagblog pour parler d'un pseudo blog, d'une blague... Ainsi sur un blog le jour de la mort de Ricœur , j'avais lu : "c'est un 'blag ? ".
Je retiens donc ce mot pour tout blog qui n'est pas vraiment un blog, mais un de mes nouveaux correspondants me faisait remarquer à ce sujet qu'il est trop français (argotique) pour pouvoir "marcher" et qu'il est difficile de joindre blog et witz.
Roussillon a développé une théorisation de l'objeu et du médium malléable des plus intéressante. Le paradigme en est donné par la pâte à modeler.
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“ L' objeu ” c'est l'objet utilisable par le jeu ; c'est celui avec lequel la symbolisation et le jeu nécessaire au travail de symbolisation vont pouvoir avoir lieu, c'est aussi le jeu pris comme objet. On soulignera fortement ici que l'objeu peut être le thérapeute lui même ou certains aspects de la relation au thérapeute ; si c'est le transfert lui-même qui est l'arène du jeu, mais aussi bien le langage dans les cures centrées sur la parole, le dessin, les jouets, les marionnettes, la pâte à modeler, la scène psychodramatique, l'espace de jeu lui-même . Les exercices relationnels proposés par certaines formes de thérapies humanistes etc. (in Psychothérapie psychodynamique : quelques principes et analyses. R. ROUSSILLON.)
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Objeu n'est pas une théorisation de Roussillon, mais de Fédida , dans son livre l'absence ; il travaillait sur le fort-da notamment. Mais Roussillon l'a probablement développé et je trouve le passage que vous nous donnez, très intéressant.
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L'objeu est une reprise de Roussillon à Francis Ponge . Je ne savais pas que Fedida en avait lui aussi fait quelque chose. En tous cas, voila un mot valise - comme le blagblog - qui donne à penser. Ce qu'en a fait Roussillon me semble tout a fait intéressant, et surtout, il le lie a un théorie de la symbolisation.
Le fichier HTML contient le schéma fait à partir de la théorisation de Roussillon .
C'est en fait une carte mentale (mental map) faite avec http://cmap.ihmc.us/
Le gros avantage par rapport à d'autres outils (comme sur http://www.mindmapping.fr/) , c'est qu'il permet de partager les cartes avec d'autres.
Une des questions que je me pose : y a-t-il sur le net des objeux ? Ou faut il dire que le net est un objeu ? La seconde proposition est intéressante, mais elle n'est pas falsifiable, alors je me méfie.
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L' "objeu"
Objet, jeu et enfance.
L'espace psychothérapeutique. (C 'est le titre du chapitre VIII pages 97 à 195 de Fédida : l'Absence , donc un très long chapitre avec plein d'observations et d'idées.) Gallimard 1978.
Ce chapitre commence par ces mots :
"Francis Ponge nous a, un jour, donné le mot "objeu". L'insolente fleur du rire qui défie l'esprit "au coin des rues en pélerine noire". Le mot ouvre l'oreille - comme par surprise - et l'objet est joué ! Mépris peut-être ? Avec l'objet aussi le concept.
Ainsi le jet y redevient un jeu P.96
et , presque à la fin P.195, on trouve des définitions de Ponge lui-même (le soleil, le volet) :
L'objeu ? C'est celui où l'objet de notre émotion, placé d'abord en abîme, l'épaisseur vertigineuse et l'absurdité du langage, considérées seules, sont manipulées de telle façon que, par la multiplication intérieure des rapports, les liaisons formées au niveau des racines et les significations bouclées à double tour, soit créé ce fonctionnement qui, seul, peut rendre compte de la profondeur substantielle, de la variété et de la rigoureuse harmonie du monde.
Dans l'entretien avec P.Sollers :
Je crois que se trouvent là les réponses à plusieurs questions : disparition de l'objet en abîme, fonctionnement verbal, tout cela formant l'objeu.
on trouve objeu dans wikipedia :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Objeu°
Une idée rigolote : les positions de l'analyste, donc.
J'en vois trois : l'attention flottante / l'investissement de mémoire / l'oubli .
L'attention flottante n'est plus, je pense, à présenter : écouter sans écouter, se laisser aller à la dérive, au fil des mots de celui qui parle et au fil des pensées de celui qui écoute. S'écouter écoutant.
L'investissement de mémoire. L'expression est de Kaes (La parole et le lien ). Elle désigne le fait de se rappeler, parfois au mot à mot, ce que l'autre a dit. Il signe à la fois la prévalence du fonctionnement préconscient et aussi le fait que quelque chose (parole, posture, silence) a touché un point refoulé de l'analyste. La mémoire est alors contre-investissement de l'oubli.
L'oubli. Ne rien se rappeller de celui qui parle. Pas même son nom. Pas même, parfois, son rendez vous. L'éprouver. On aimerait dire que l'oubli est contre-investissement de la mémoire. Il n'en est rien.
Ces dispositions rejoingent bien évidemment ce que je disais à propos de la formation : comment l'analyste est disposé, dans la cure. Comment il laisse (ou pas) le dire de l'autre disposer de lui. Comment il se laisse indisposer.
"... L'analyste , néanmoins, ne peut accéder à ce mode de fonctionnement que lorsqu'il est à même de supporter un certain flottement dans son identité, qu'il peut se tenir sur cette zone où les frontières entre le moi et le non-moi ne sont plus qu'incertaines, qu'il a donc conservé une disposition spéciale à l'identification primaire et tolère des expériences de dépersonnalisation..." M. de M'Uzan .
"... A supposer qu'on veuille retenir certains traits caractérisant la personnalité de l'analyste, il faudrait faire une place, à côté d'une disposition spéciale à l'identification primaire, comparable à celle du psychotique et du pervers, à la conjonction d'un fantasme de maternité et d'une aptitude à la dépersonnalisation... " M. de M'Uzan .
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J'espère que ce petit texte n'est pas "illisible"
j'ai voulu concentrer au maximum ...
http://inconscient.net/bleu.htm
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