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Mars 2004Qu'est-ce qu' un groupe de travail psychanalytique ?
Un autre point de vue est intercalé en gras dans le texte
D'après ce que j'ai toujours connu, c'est une "institution" qui appelle ces réunions dans nos esprits en vue de développer un enjeu qui fonde toujours une habilitation potentielle vis-à-vis d'une clinique d'un ou plusieurs de nos analysants.
Ce champ analytique est donc l'enjeu d'une clinique dans nos esprits qui ne se symbolise que dans ces partages pluriels mais qui demande au moins mais pas seulement, cette organisation minimum s'il en ait : dit groupe de travail.
Donc ce n'est pas rien un groupe de travail ! Dans cette logique, un Site peut tout à fait répondre aux vux de développement d'un champ analytique tel que je le conçois plus haut.Il y a tout un éventail possible : par exemple les groupes de lecture de Freud sont moins directement cliniques que certains autres Il y a tout lhéritage textuel de la psychanalyse, qui concerne les psychanalystes et qui ne transitera pas dans la culture actuelle sans eux. Pour dautres raisons, notre groupe serait un groupe plus expérimental que dautres :il serait un peu ( momentanément) " décalé " et vis-à-vis de linstitution et vis-à-vis de " la clinique de nos analysants... Momentanément : le temps de nous y retrouver, cest-à-dire de nous donner les moyens nécessaires (techniques et théoriques) de comprendre un peu mieux ce qui se passe..
Quel est donc ce partage qui manque actuellement pour notre groupe ?
La question est complexe sur plusieurs points :
- La "clinique de l'Internet" manque ou bien est difficile à définir. Est-ce que ce sont des histoires "anecdotiques" qui ne posent aucune question métapsychologique ?Elle commence et les questions métapsychologiques sont peut-être encore prématurées... Sommes nous capables à lheure quil est (pour ne prendre quun exemple qui na rien à voir avec lInternet ) de bien savoir ce qui sest passé dans la clinique des enfants avec la phase de latence qui suivrait le déclin du complexe ddipe par exemple ? Toutes sortes de glissements imperceptibles se sont produits dans la vie sociale générale qui ont eu des résultats comme tangentiels et qui sont très difficiles à percevoir au cas par cas : or la clinique pK est une clinique au cas par cas...
- La Culture est-elle une question psychanalytique ? Sous quelle forme?Bien des questions différentes ici :
1.Beaucoup de textes freudiens sont des analyses de la " culture " et de son " malaise " dans les principaux domaines qui concernent lhumanité :la guerre, la drogue, la religion, le pouvoir, la constitution de lhistoire dans ses rapports au phantasme et aux mythes, " les langues " et la parole, la pédagogie, la littérature et les arts, la médecine... etc. Pourquoi diable sest-il intéressé à autre chose qu'à ses " cas cliniques ", quand il a constitué les bases de la théorie psychanalytique ?
2.Pour moi 1919 marque un tournant dans lélaboration métapsychologique de Freud, cest là que je situe le changement de topiques majeur. On est juste après la guerre, et l'on commence lentre-deux- guerres ; cet entre-deux-guerres va être le théâtre de phénomènes culturels extraordinaires à Vienne notamment : Freud est dans ce mouvement et il y réagit de multiples manières... La tonalité de ses écrits cliniques varie en même temps, " le possible dans sa relation à limpossible " bouge, glisse vers des restrictions, vers du pessimisme
3.La psychanalyse, théorique comme clinique, passe par le langage :la parole dans la cure et lensemble des écrits.
En ce moment parler et écrire sont entrés en transformation.
Il m'apparaît ainsi que le dénominateur commun de ces questions au niveau de l'enjeu du champ psychanalytique potentiel est le mot : actuel.
Il s'agirait de l'actualité, l'actualisation de nos représentations métapsychologiques et cliniques que l'Internet viendrait titiller, que le présent viendrait exciter, que la crise institutionnelle pourrait révéler (?).Oui, nous sommes tous (que nous le voulions ou non) dans une période de " mise à jour... Maj
La psychanalyse oscille entre actuel et inactuel (comme la revue) et ce terme renvoie dans la cure à l'actualisation dans le transfert et la répétition.
Ne trouverions-nous pas un hiatus significatif de l'Inconscient entre l'actuel de la cure et l'actuel de la psychanalyse. Comme si le "bruit du monde" venait transformer notre écoute peut-être à notre insu (ou justement à notre à insu) déstabilisant ces enjeux du champ analytique de manière plus sensible ou différentielle entre membres et participants. C'est une hypothèse.Oui, le bruit du monde transforme probablement notre écoute..mais pourquoi une différence particulière entre membres et participants.. ? Les différences abondent et se creusent en ce moment et l'on voit le phénomène inverse : lagglutinement de personnes autour dune appartenance (avec les phénomènes dexclusion qui en sont corrélatifs..)
Si nous partons de ce que nous venons de dire, en relisant nos échanges, nous pourrions nous trouver devant un journal des nouveautés (voire un catalogue d'objets anthropologiques) que nous établirions comme significatifs de nos questionnements cliniques potentiels. Sorte de catalogue de nos angoisses ou de nos éblouissements devant les changements du champ culturel qui affectent soi disant notre écoute.
Avant même que le catalogue existe, les nouveautés nen seront plus, comme la première génération de téléphones portables qui sont dans les poubelles.
Comme si le psychanalyste actuel ne pouvait plus faire l'économie d'un esprit prospectif, avouant ainsi une remise en cause d'une économie symbolique à définir, à moins que cela soit un envahissement imaginaire (ou les deux).
Si l'on centre la chose sur l'hypertexte ne faudrait-il pas expérimenter l'hypertextualité du texte Freudien.
Là, je pense quil y a des malentendus entre nous sur les définitions de base.
Comment à partir de nos lectures définir ces liens qui donneraient pour la première fois à lire les liaisons que se donne et produit un groupe de travail. Nouvelle lecture hypertextuelle (expérimentale) autour d'un thème, d'un argument ou d'une question.
Sublimation et technique
Fantasmes moteurs
Comment étudier ce genre d'objets en hypertexte ? C'est ce que nous faisons naturellement, on pourrait dire. Voudrions-nous en objectiver des traces ? Ne serait-ce pas un des paradigmes de ces changements symboliques et imaginaires qui ouvrent notre écoute à un avenir incertain.
De ce point de vue, lire, travailler dans ce groupe, ce serait créer le site de ce groupe. C'est-à-dire inclure et produire notre travail dans l'hypertextualité.
Avant d'aller plus loin, écrire autrement, pour reprendre une analogie, écrire dans un codex après avoir étudié dans un volumen.
Ces changements ont certainement des significations symboliques, mais elles nous échappent. Voudrions-nous en tenter l'approche à partir de notre fantasmatique tempérée par la mise en scène maintenant possible de nos associations psychiques, sachant que notre écoute analytique viendra chercher et partager dans un "institutionnel" les références métapsychologiques.°
L'aspect continu du changement, les déplacements, décalages permanents, dans des accélérations, des quantités dans l'excès. On est aspiré dans l'idée du sans limite, c'est effrayant et pourtant c'est bien le même monde; la notion de "sujet collectif" m'aide à penser cela en apaisant l'angoisse, en remettant cela dans l'humain; sinon c'est anéantissant;Quand je lis "sujet collectif", je ne vois pas très bien ce que représente cette expression,c'est plus du côté de l'intuitif que cela m'aide, et c'est toujours bon à prendre; cependant, comment le définir, est-ce que c'est proche de la notion de "kulturarbeit" développée par Nathalie Zaltzman (tiens, un autre article d'elle s'appelle "tomber hors du monde" ).
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" ..La réalité de la vie humaine sur la planète transformée par une technique très puissante qui atteint tous les domaines de nos pratiques et de nos codes humains... "
Plutôt que de prendre cette " révolution numérique " pour un fait acquis, ne pourrait-on pas interroger cette hypothèse et laisser la question ouverte ? Car en fait cette supposition na rien dévident et lon peut penser de différentes manières lirruption de ce nouveau média dans notre vie.
Si nous sommes confrontés à un type de communication nayant jamais existé auparavant, peut-on en déduire que cela change lhomme ?
Il y a une bonne dizaine dannées, jai effectué un périple en voilier en mappliquant à suivre le périple quavait fait, il y a trente siècles, Ulysse (selon les recherches de Victor Bérard). Les règles de navigation sétaient peu modifiées depuis :on naviguait toujours à " lestime ", la vitesse des bateaux était à peu prés toujours la même, avec les mêmes vents, parmi les mêmes poissons, les mêmes joies devant les dauphins, les mêmes appréhensions en croisant une baleine. Traverser la mer Adriatique pour rallier Ithaque depuis Charybde et Scylla demande 2ou 3 jours sans voir la terre. La nuit étoilée montre le Nord, lil est attentif aux vents, courants, sens des vagues et dérive, puis la terre réapparaît dans son mystère. Le point datterrissage est incertain. Il faut se plonger dans les livres, reconnaître les profils des cotes. Et au creux dune anfractuosité, on devine, puis on trouve le passage qui conduit au port. Naviguer ainsi un peu comme on pouvait le faire il y 30 siècles crée un sentiment dappartenance à la chaîne des humains.
Aujourdhui, le GPS (positionnement global par satellite) a révolutionné (je pèse mes mots) la navigation. Ces petits appareils affichent votre point de départ. Vous affichez votre destination et ils vous donnent le cap à suivre, votre vitesse, le chemin à parcourir et conséquemment lheure de votre arrivée.
Il nest plus besoin de savoir faire le point, ni à lestime, ni avec un sextant. Ces appareils sont fiables et peu onéreux. Le marin scrupuleux peut en avoir plusieurs à bord. Leur précision est de lordre dune dizaine de mètres.
Cest une révolution parce que cette nouvelle technologie change lhomme.
Dans ses rapports à linconnu, à la représentation (plus besoin de se représenter lendroit où lon croit être), à la peur, à la perte, à la mort. Le corps de lhomme na plus besoin de sentir (lodeur de la terre approchante, lhumidité) découter les oiseaux de la terre, ni même de regarder, dimaginer, de reconnaître. On pourrait dire que lhomme na plus besoin de ses sens pour estimer où il est.
Lhomme est changé dans son rapport à la liberté, à la dépendance à ce qui lui échappe, à une technologie qui lui est étrangère.
" Il vaut mieux ignorer absolument où lon est, et savoir quon lignore, que de se croire avec confiance où lon nest pas. " disait Jacques CASSINI, astronome français (1667-1756).
Quest-ce qui fait la permanence de lhumain ?
Quand une évolution parvient-elle à créer une rupture qualitative par rapport à un système antérieur ?
Chaque nouvelle technologie modifie-t-elle la société ?
Linconscient se modifie-t-il ? (autrement que dans le manifeste)
Freud a privilégié le quantitatif par rapport au qualitatif (léconomique). Et si, déterministe comme Darwin, il a pu élaborer une théorie sur le progrès de la pensée avec une rupture lors du passage du matriarcat au patriarcat (lhomme Moïse), celle-ci est fortement mise à mal (entre autres par J-P Valabrega). Qu' est-ce qui change ?
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J'ai pris un peu de temps pour lire partiellement : "Le virtuel, la présence de l'absence" et un petit livre très polémique :
"Le culte de l'Internet" de Philippe Breton
Ces lectures et celles de vos différents messages ont rajouté à mon sentiment que "l'objet Internet " engendre, me semble-t-il, chez ses partisans comme chez ses détracteurs des positions très contradictoires, paradoxales et parfois excessives qui tournent autour des oppositions, entre autres: rupture/continuité, virtuel/réalité, collectif/individu, machine/humain...
Par exemple, on peut trouver chez ses défenseurs :" c'est une révolution, une rupture, une modification radicale de la communication", mais aussi "rien de très nouveau, ça s'inscrit dans la continuité".
Par exemple on insiste sur le lien entre virtuel et fantasme, ou sur le lien entre virtuel et actuel.
Chez ses détracteurs (cf. P.Breton) voient dans le culte de l'Internet" une impulsion profondément conservatrice sur le plan de la civilisation... un nouveau culte de la communication sans intériorité" allant de pair avec l'acharnement contre la psychanalyse... et la mort du sujet !!!
Alors pourquoi cet objet mobilise-t-il des positions , parfois si radicales, mais aussi si paradoxales.
Qu'est ce qu'il mobilise en nous de nos désirs et de nos peurs?
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Encore quelques réflexions : sur l'opposition continuité/rupture et sur la permanence de l'humain. J'ai lu dans un n° de Topique sous la plume d'une psychanalyste : "Nous sommes responsables de notre inconscient" Cette phrase m'a interrogé. Responsable de notre inconscient ou de notre rapport à l'inconscient?
Y a-t-il une permanence de l'infantile ou une évolution? Peut-on penser la permanence des pulsions de vie et de mort, des désirs dipiens, et aussi la transformation des formes qu'ils prennent?
Sur l'opposition réel/virtuel et réalité externe/ réalité psychique, Internet participe des deux. On le compare au jeu et au conte (Lespinasse).
Freud voyait dans les contes une projection, à l'extérieur, de la psyché infantile. Peut-on voir dans Internet une projection non du contenu de la psyché mais de son fonctionnement, articulant processus primaires et secondaires : par exemple les télescopages temporels et spatiaux, les déplacements, les condensations.
Les liens entre le virtuel et l'imaginaire peuvent se lire comme du coté de l'aliénation ( phénomènes de dépendance) ou comme du coté de l'expression du désir par la création de fantasmes et l'on serait la plus du côté d'un virtuel qui actualise des potentialités, qui leur donne forme?
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Pour les écrits proprement dits, voici déjà longtemps que Umberto Eco avait dit que les micros poussent un écrivain à changer "son style" : page d'écriture d'un format différent de ce qu'on connaît avec le papier, formatage de paragraphe différent etc etc. "soutiens" différents, "allégements" divers et variés...( c'était une interview sur Arte, je ne sais plus où l'on pourrait trouver ça).
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Parler de l'articulation des processus primaires et secondaires me paraît devoir être étudié , et de très près, car tout ce que j'ai lu (ou pensé moi-même) me paraît être plus "descriptif" qu'autre chose...
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"Comment voyager avec un saumon " Nouveaux pastiches et postiches. ( Umberto Eco - Grasset ; livre de poche). J'en recommande vivement la lecture. Un chapitre concerne tout particulièrement comment affronter les nouvelles technologies.
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